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Investissement ESG Diversification Antifragile

Meriem : Être actrice du monde, par le social et la finance

PAR Meriem Bennis
19 novembre 2020 — Temps de lecture :6mn
Meriem Bennis est l’une des rares femmes de sa salle de marchés, et probablement aussi l’une des rares en France. Son esprit est alerte et vif : elle s’intéresse profondément au contexte macro-économique et politique, et se penche sincèrement sur les droits de l’Homme. Cerveaux gauche et droit équilibrés, Meriem s’est mise à écrire par moments, pour se divertir et exprimer ses idées. Sa pensée est limpide et son éloquence sans pareille. Interview inspirante avec une femme discrète, polyvalente et ancrée dans la réalité du monde.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Comment se passe la crise sanitaire 2020 pour toi ?

M : Elle se passe plutôt bien, merci. Je suis en famille ; j’ai eu la « chance » que ma mère soit bloquée en France. Elle vit au Maroc, est allée pour 2 jours en Espagne puisqu’elle y donnait une conférence, mais au vu des circonstances, la conférence a été annulée et les frontières Espagne-Maroc fermées. Elle s’est alors empressée de venir en France, en anticipant d’être confinée avec sa fille plutôt que seule dans un pays étranger... Elle a été maligne !
Au niveau professionnel, le télétravail est une première pour moi. Et j’y adhère complètement ! Je n’ai pas perdu en productivité, au contraire j’ai gagné du temps (l’heure et demie de transport habituelle) et de l’énergie. Je les emploie désormais à la pratique de plusieurs sports, notamment le renforcement musculaire et la course.
Mon équilibre de vie est sympathique : je m’adonne plus facilement à la lecture et commence même à écrire. J’en suis aux balbutiements. Le confinement s’est révélé être une période philosophique, de prise de recul. Il a ouvert le champ à des activités auxquelles je n’aurais pas pensé en temps normal. J’en retiens l’importance voire la nécessité de s’épanouir en faisant des choses pour soi chaque jour. La spirale positive dans laquelle on entre lorsqu’on nourrit son corps et son esprit de concert est infinie.

SW : Selon toi, qu’est-ce que la crise va changer dans ton métier ?

M : Je travaille chez Natixis, la banque de financement et d’investissement du groupe BPCE, née de la fusion des Banque Populaire et des Caisse d’Epargne. Au quotidien, je propose des solutions d’investissement à des assureurs, des mutuelles et des banques. Dans le jargon, nous les appelons les « investisseurs institutionnels ». J’écoute leurs besoins et leurs problématiques (contraintes de gestion, réglementaires, comptables, etc.), et je tente d’y répondre via tous les sous-jacents : actions, titres à revenus fixes (taux et crédit) ou même immobilier, avec l’aide des nombreux experts qui m’entourent.

Mes clients investissent majoritairement dans des obligations, émises par des états, des entreprises, ou des acteurs supranationaux. Ils sont donc prêteurs d’argent, acheteurs de dettes. Leur défi depuis 5 ans est de continuer de générer du rendement pour leurs assurés, alors que les coupons offerts par ces obligations, ou encore les intérêts qui leur sont payés au titre de l’argent prêté, sont au plus bas.

Pour répondre à la question de l’impact de la crise, beaucoup ont revu leur politique de placement. Ils sont encore plus regardants aujourd’hui sur la santé des acteurs auxquels ils prêtent. Ils privilégient les secteurs résilients à moyen et long-terme. Plusieurs facteurs rationnels entrent en ligne de compte : le business model, la capacité d’adaptation technologique et humaine, la diversification géographique, la granularité du chiffre d’affaires, du portefeuille clients, etc. Au vu de la volatilité de l’activité induite par la crise sanitaire, qui rend les revenus moins prédictibles, les emprunteurs les plus vertueux sont favorisés.

Enfin, un aspect très important de mon travail est le contact humain, le relationnel avec les clients, qui passe en partie, en temps normal, par les entrevues avec eux. On ne peut que repenser cet aspect-là aujourd’hui. Et cette situation inédite a pu créer des liens inattendus !

SW : Sparewell a eu la chance de rencontrer Alexandre Dana, le fondateur de l’organisme LiveMentor dédié à la formation des entrepreneurs. Il nous a défini les caractéristiques des entreprises anti-fragiles.
« Résilient » / « antifragile », est-ce identique ?

M : Je partage tous les points d’Alexandre, un par un. Ils correspondent parfaitement à la philosophie start-up et peuvent très bien s’appliquer aux entreprises du CAC 40. J’aime surtout l’idée de l’implication qui « prend aux tripes » car cela correspond réellement aux quêtes actuelles : le besoin de sens et l’envie d’authenticité, perceptibles dans l’évolution du mode de consommation comme dans la conception du travail chez les jeunes. C’est donc précisément ce qui fait et fera le succès des entreprises, leur permettant de vendre et de recruter.

« Quelque part, je suis entrepreneure au sein d’une banque.
J’ai de l’indépendance et travaille avec mes clients comme je l’entends.
Cet univers valorise la proactivité et la performance. »

SW : Quels sont tes projets ?

M : Je suis bien dans mon métier, je ne prévois donc pas de changement à court-terme. Ma courbe d’apprentissage est encore pentue. Quelque part, je suis entrepreneure au sein d’une banque. J’ai de l’indépendance et travaille avec mes clients comme je l’entends. Cet univers valorise la proactivité et la performance. Ça fait partie des métiers où l’on ne s’endort pas.

Sur le plan personnel, ma famille est au Maroc. Il y fait bon vivre. Je fais autant d’allers-retours que je le peux et j’ambitionne d’y acheter un pied-à-terre. Un second investissement immobilier après mon achat en Ile-de-France.

Également, j’aimerais m’engager au niveau caritatif. Je me suis rapprochée d’une association qui défend les Yazidis : un peuple persécuté dans plusieurs pays, dont l’Irak, pour sa religion. Réfugiés dans des pays européens dont la France, leur histoire est hors du commun. L’une des dernières lauréates du prix Nobel de la paix, ainsi que son avocate, Amal Clooney (femme du fameux Georges), ont attiré l’attention médiatique sur leurs causes.

« Au sein des banques, nous conseillons des gérants qui pilotent des milliards d’euros. Si nous appliquons un filtre extra-financier à nos analyses, nous en tant que conseils et eux en tant qu’investisseurs, l’impact est décuplé par rapport à une échelle d’humain isolé… »

SW : Tu as une expertise financière avérée. Comment épargnes-tu aujourd’hui ?

M : Je n’ai investi que dans la pierre pour le moment ; mais j’ai l’intention de diversifier, très prochainement, avec des placements sur des valeurs boursières via un portefeuille d’actions en compte-titres ou en PEA.

Inconsciemment, je m’oriente de plus en plus vers l’ESG (Environnement, Société et Gouvernance). J’ai cette fibre et je fais partie des « Capitaines Green » de Natixis ; je suis donc engagée au sein du groupe et auprès de mes clients pour faire avancer ces causes. Au sein des banques, nous conseillons des gérants qui pilotent des milliards d’euros. Si nous appliquons un filtre extra-financier à nos analyses, nous en tant que conseils et eux en tant qu’investisseurs, l’impact est décuplé par rapport à une échelle d’humain isolé… C’est donc même un devoir quelque part. La bonne nouvelle est que depuis 2 ans, ce virage a massivement été pris, et nous savons aujourd’hui qu’Investissement Socialement Responsable va de pair avec Performance Financière.

SW : Comment aiguillerais-tu une amie qui s’y connaitrait moins et qui aurait 30 000 euros à placer ?

M : Je commencerais par lui poser des questions, très proches de celles que SPAREWELL me pose actuellement (rires) : Quels sont ses projets de vie ? Est-ce qu’elle a déjà des placements ? Est-ce qu’elle souhaite les diversifier ? Quelles sont ses attentes de rendement ? Quel risque est-elle prête à prendre ? Quel horizon temporel retient-elle ?

30 000 euros est une belle somme pour commencer un placement financier. En général, je conseillerais d’avoir une gestion diversifiée, et qui soit en adéquation avec ses projets de vie et ses valeurs morales.

Et enfin, peux-tu compléter la phrase suivante
« Aujourd’hui plus que jamais, je veux… »

M : M’écouter… Ecouter mes envies : centres d’intérêt, vibrations, l’instinct du corps...
Ecouter mes ambitions, personnelles et professionnelles pour me donner les moyens de bien faire.
Et écouter mes besoins, nourrir les plus discrets qui peut-être se révèleront être les plus importants.

Meriem : Être actrice du monde, par le social et la finance