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Entrepreneuriat Levée de fonds Bien-être au travail ESG Internationalisation

Benjamin : analyser, lever des fonds et se développer

PAR Benjamin Brion
15 octobre 2020 — Temps de lecture :5mn
Benjamin Brion, est l’un des 3 co-fondateurs et le CEO de Moodwork. Leur application web et mobile accompagne les salariés des entreprises clientes, dans leur démarche de Qualité de Vie au Travail. Analytique, précis et transparent, ce CEO de 28 ans, raconte l’évolution et les ambitions de la start-up, et notamment les learnings des 3 levées de fonds réalisées.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Bonjour Benjamin, qu’est-ce que Moodwork ?

B : Moodwork est une interface, une application web-mobile d’accompagnement individuel et confidentiel des salariés, avec 2 piliers : celui des facteurs organisationnels, qui touchent plusieurs collaborateurs en même temps (lieu de travail, conditions de travails, politique de congés etc.) et celui des facteurs individuels (gestion du stress, équilibre vie professionnelle et personnelle, sommeil etc.). Pour avoir un vrai impact, il faut une co-action entre les 2.
Souvent, nous sommes mandatés par les Ressources Humaines, la Direction Générales ou les Responsables QVT / Santé- Sécurité au travail.

SW : Quelles sont vos expertises ?

B : L’accompagnement individuel représente 90% de notre métier, et se singularise avec une méthodologie, que nous avons appelée « les 3 A » : Analyse, Action et Accompagnement. Chacun.e peut alors s’évaluer, se former et avoir un accompagnement humain (psychologues du travail, cliniciens, assistants sociaux etc.). Tous les trimestres, nous conseillons à nos utilisateurs de passer un nouveau bilan de bien-être. Ensuite, un plan d’actions personnalisé est adressé aux salariés avec des fiches de conseils, du e-learning, des webinars ainsi que des podcasts etc.
Les 10% restants, nous les dédions à une agrégation des données à l’échelle des entreprises. Chez ENGIE par exemple, 50 000 personnes ont accès à Moodwork. Cela permet de faire des analyses par métier, par région etc. Sur des échantillons représentatifs, pour bien comprendre les facteurs de bien-être ou de mal-être. Nous cherchons à définir un indicateur de performance sociale. Cela fait gros mot, mais créer un tel indice peut être utiliser dans les COMEX aussi efficacement qu’un KPI financier.

SW : Justement, comment avez-vous financé le projet ?

B : Moodwork a eu plusieurs vies. En première année d’école de commerce, avec Léopold Denis, le COO, nous nous ennuyions un peu (rires) ! Donc nous avions créé une première application pour apprendre des langues, à niveau universitaire ou classes préparatoires. Nous l’avons rapidement cédée.
En cours, nous avons rencontré Christophe HAAG, docteur en Sciences Comportementales. Ces enseignements sur les émotions nous fascinaient. Il y a 6 ans, elles restaient un sujet confidentiel. Très vite, et certainement trop tôt, nous avons lancé une levée de fond de 30 000 euros, pour développer Dr Mood : une application gratuite qui aide à comprendre et apprend à gérer ses émotions. En 2017, c’était l’application de santé la plus populaire en France, avec 2 500 téléchargements par jour ; sans aucun soutien marketing ou de communication.
Ensuite, nous avons développé le sujet en association avec d’autres chercheurs ; notamment Moïra Mikolajczak, qui est docteure en psychologie rattachée à l’Université Catholique de Louvain en Belgique. Enfin, en consultant les chefs d’entreprises, un constat limpide s’est imposé : les besoins du grand public se font également sentir dans les entreprises. Des émotions, nous nous sommes orientés vers le bien-être.
Grâce à une seconde levée de 450 K€, nous avons lancé la solution Moodwork après un an et demi de développement technique. Enfin, très récemment, nous avons fait une troisième levée de 2 M€.

SW : Pourquoi penses-tu être allé « trop vite » pour la première levée ?

B : Elle avait été réalisée auprès de 3 business angels : le PDG des laboratoires Boiron, un Top Executive d’ENGIE et le fondateur de la base de données Compass. Mais nous nous sommes dilués trop vite. Par la suite, nous avons dû contracter un emprunt pour racheter les parts des investisseurs. C’était une erreur. Dès le début, nous aurions dû faire appel à une subvention de la BPI du même montant, sans taux d’intérêt, ou faire appel à un prêt donneurs auraient pu être plus efficaces. A l’époque, nous n’étions pas familiers des modalités possibles. Cela nous aurait été utile d’avoir un parrain : quelqu’un qui soit passé(e) par là et qui nous aurait partagé ses expériences et learnings. Mon conseil quand on réalise sa première levée est d’être bien accompagné(e), par des experts qui partagent des insights, aident à rédiger les documents ; parce que l’opérationnel continue et que ces experts connaissent bien les fonds. C’est ma recommandation, même si cela coûte un peu cher : entre 4 et 7% du montant levé.

SW : Quelles sont les ambitions avec la dernière levée ?

B :Elles sont de 3 ordres :

  1. Une ambition de résultat. Nous souhaitons dépasser un certain montant de chiffre d’affaires, sur le marché du bien-être au travail qui est en plein boom : +15% par an, en France.
  2. Une ambition sectorielle. Nous souhaiterions développer et diversifier notre portefeuille de clients. A date, ils sont 50 et quasi-tous dans le privé. Dans le plan de développement, 2021 devait être orientée vers le personnel soignant (hôpitaux, ehpad etc.). Avec la crise sanitaire, l’ambition s’est accélérée. Entre avril et août, Moodwork était offert à 10 000 personnes au front (infirmiers, chauffeurs routiers, personnes en magasins etc.).
  3. Et enfin, une ambition d’internationalisation avec 20% du chiffre d’affaires réalisés en Europe.
Benjamin : analyser, lever des fonds et se développer

SW : As-tu toutes les cartes en main pour réussir ?

B : Non, je suis honnête (rires). Je ne suis qu’un homme (rires). Notamment pour le troisième objectif.
Quand on monte sa structure, il est souvent recommandé de garder l’internationalisation en tête, mais l’on peut se faire rattraper par l’opérationnel et le besoin de délivrer. Chez Moodwork, nous n’avons pas rédigé les processus en anglais, ni vérifier les compétences bilingues en entretien. Cela peut être un frein qu’il convient de corriger. Il s’agira de mettre en place une adaptation ; car si les outils d’analyse sont européens, les outils d’actions sont semi-spécifiques. Par exemple, en Allemagne, il fera adapter certaines choses par rapport au contexte culturel particulier.

SW : Quelle importance accordes-tu aux critères ESG ?

B : Une importance fondamentale, notamment sur le critère S pour Société. G pour Gouvernance aussi, puisque la solution peut venir comme une aide mais ce n’est pas une politique incitatrice à plus de diversité ou de parité. Quand nous avons cherché à lever des fonds, nous ne sommes allés voir que des sociétés d’impact ou avec l’ambition de le devenir. Il y a plusieurs labels désormais. Aussi, nous regardons en ce moment pour changer nos statuts pour devenir une entreprise à missions, comme Danone. Une « révolution » permise par la loi PACTE de 2019.

SW : En tant qu’épargnant, quel est ton profil de risque ?

B : Fort… Presque toute mon épargne est en bourse. Via mon PEA, j’investis peu sur le CAC40 mais beaucoup sur le médical, la biotech et les entreprises qui agissent pour le renouvelable, à l’instar de Carbios, qui a créé une molécule pour recycler le plastique ! Extraordinaire !

SW : Et enfin, peux-tu compléter la phrase suivante ?
« Aujourd’hui plus que jamais, je veux… »

B : La liberté ; c’est ce qui me vient spontanément. La liberté pour soi, puisque plus les années avancent et moins libres nous sommes. La Covid-19 nous limite beaucoup avec la distanciation sociale…. Et puis, la liberté de ce que je peux et pourrai faire avec Moodwork. Plus une entreprise grandit, plus les restrictions grandissent, je veux préserver notre liberté.

Benjamin : analyser, lever des fonds et se développer