Ce site utilise des cookies.
Les cookies garantissent une expérience de navigation optimale. Vous pouvez modifier les réglages d'acceptation des cookies pour ce site.

Entrepreneuriat Résilience Business Model Innovation

Othmane CEO de ZeClef, le phoenix de l’entrepreneuriat

PAR Othmane Senhaji Rhazi
26 mai 2021 — Temps de lecture :6mn
« Le génie c’est l’art de remarquer les évidences », cette citation a longtemps inspiré Othmane Senhaji Rhazi sur les bancs de l’école. Aujourd’hui, cet entrepreneur talentueux l’enseigne à l’ESSEC et aux grands groupes français qu’il accompagne sur des missions de consulting. Après des aventures dans la chaussure personnalisable, la finance participative aux Etats-Unis, les solutions photovoltaïques au Maroc, il revient en France et co-lance ZeClef : une société qui réinvente le métier du nettoyage de bureaux avec une plateforme de mise en relation entre des indépendants et des professionnels. Il analyse les marchés avec dextérité et repère les opportunités. Rendez-vous avec un serial entrepreneur !
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Qui es-tu ? Que fais-tu ?

O : Je suis un entrepreneur curieux, parfois rêveur souvent audacieux. J’ai plusieurs activités : CEO de ZeClef, professeur enseignant à l’ESSEC dans le master Entrepreneuriat et enfin consultant de grands groupes du CAC 40 ou des start-ups sur des problématiques de croissance, de déploiement ou de gestion opérationnelle. J’alloue enfin 10 heures de mon temps en pro-bono par mois à des entrepreneurs pour les aider à dépasser leurs points de blocage, identifier les meilleurs axes de développement ou ne pas commettre les mêmes erreurs que j’ai pu faire au préalable.

SW : Es-tu un serial entrepreneur ?

O : J’ai eu diverses aventures entrepreneuriales avec plus ou moins de succès. La première vraie expérience a eu lieu pendant mes études supérieures, avec des mocassins 100% personnalisables. Elle a bien fonctionné la première année, puis j’ai quitté le navire pour aller aux Etats-Unis.
Après un master Entrepreneuriat à Berkeley, avec des amis, nous avons lancé CrowdGo : une plateforme de financement participatif innovant. Il s’agissait de lever le risque habituel de perte totale du capital des investissements. CrowdGo venait « collatéraliser » ces biens au profit d’investisseurs-sponsors, qui en devenaient propriétaires et ambassadeur. Ils pouvaient promouvoir les produits auprès de leur réseau et les commercialiser sur des plateformes de ventes en bénéficiant d’une commission. Après 1 an et demi, nous avons décidé d’arrêter le projet, notamment pour des contraintes légales et comptables qui nous empêchaient d’atteindre une viabilité économique.
En 2016, je suis rentré au Maroc, d’où je suis originaire. Là-bas, j’y ai découvert l’existence d’un problème de coûts énergétiques pour les agriculteurs. Les solutions d’énergies durables y étaient peu utilisées. J’y ai vu une opportunité ; RoseEnergy était née. La société a réalisé 400 000 euros de chiffres d’affaires annuel, pendant près de 3 ans.
Pour des raisons personnelles, je suis revenu à Paris. En conseillant l’un de mes amis, spécialisé dans le nettoyage de bureaux en France, nous avons identifié l’opportunité du yield management/ubérisation dans le secteur et avons ainsi lancé Zeclef !

SW : Quelle est l’histoire de Zeclef ?

O : Le marché est atomisé avec une concentration oligopolistique : il représente 16 milliards d’euros en France, avec 45 000 acteurs dont 15 000 TPE et PME. Après avoir interrogé 500 CEOs sur leurs problématiques de nettoyage de bureaux, les contraintes ont été identifiées : la flexibilité (les contrats étaient trop engageants), les prix et enfin l’accompagnement. Nous avons complètement réinventé le marché avec une nouvelle proposition de valeur sans engagement, 20 à 40% moins chère que la concurrence, digitalisée et assurée. Elle repose sur la variabilisation des coûts : nous travaillons exclusivement avec des indépendants et sur les vertus d’un modèle win-win.

SW : Comment se passe l’aventure jusque-là ?

O : Nous célébrerons prochainement notre troisième anniversaire, avec environ 1 500 intervenants dans le réseau. Au départ, notre approche au départ était hybride avec 2 segments, les bureaux classiques et la conciergerie des appartements sur Airbnb ou Booking. La conciergerie nous avait permis d’avoir une belle croissance et de solidifier notre capacité d’exécution. Mais après avoir signé les plus gros acteurs de la place, et tester les limites de ce modèle, nous avons fait un virage stratégique et financier en nous concentrons exclusivement sur les bureaux. En mars 2020, nous étions sur le point de lancer une nouvelle plateforme digitale (18 mois de développement). Et là, le premier confinement…

« Chaque crise crée ou soutient des situations d’arbitrage, qui par définition sont une opportunité pour les entrepreneurs. »

SW : Comment avez-vous transformé cette perturbation de marché en opportunité ?

O : Chaque crise crée ou soutient des situations d’arbitrage, qui par définition sont une opportunité pour les entrepreneurs. En 2020, certains clients fermaient leurs bureaux et les créances étaient importantes. En mars 2020, nous n’avions plus assez pour payer les salaires d’avril. Il fallait agir d’urgence !
Nous avons listé nos assets : un réseau qualifié pour des travaux de manutention ou de service, un accès privilégié à un réseau de fournisseurs d’accessoires et de produits de nettoyage et une motivation sans faille des équipes à survivre. Un dimanche, nous avons eu l’idée de tester la vente de produits hydro-alcooliques, de gants et de masques auxquels nous avions accès grâce à notre réseau de fournisseurs internationaux. Après une newsletter, tout était vendu ! Dans les 48 heures suivantes, ont été créés une marque (Hypokrat), une charte graphique, un site Internet avec des conditions générales de ventes et la promesse d’une livraison entre 2 et 5 jours ouvrés dès le passage de la commande. Le développement fut exponentiel : 1 200 000 euros de chiffre d’affaires en un trimestre !

SW : Selon toi, qu’est-ce qui fait l’apanage d’un.e entrepreneur.e ?

O : Une capacité à identifier des problèmes et une envie furieuse de les résoudre. L’entrepreneuriat est un chemin pavé d’aspérités qui nécessite de la résilience et de l’abnégation pour rêver son futur malgré les obstacles présents. Dans nos bureaux, est affiché notre crédo : « It’s always all good. » qui manifeste notre indéfectible optimisme et volonté à résoudre les problèmes que l’on rencontre.

Othmane CEO de ZeClef, le phoenix de l’entrepreneuriat
« Je suis convaincu qu’en donnant une même idée à 100 personnes différentes, nous recevrons 100 idées créatives différentes, parce que chacun.e a un angle d’exécution singulier ! »

SW : Est-ce que tous les entrepreneurs se ressemblent ?

O : J’en distingue 2 catégories complémentaires : ceux qui rêvent démesurément la réalité et ont la force de lutter contre l’inertie pour adapter le monde à leur vision singulière, et ceux qui se collent au plus près de l’état du monde actuel pour mieux le servir. Elon Musk appartient à la première typologie quand Henry Ford appartient à la seconde.
Je suis convaincu qu’en donnant une même idée à 100 personnes différentes, nous recevrons 100 idées créatives différentes, parce que chacun.e a un angle d’exécution singulier !

SW : Comment épargnes-tu aujourd’hui ?

O : Je ne pense pas être le meilleur exemple ! (rires) J’ai commencé à investir très tôt, il y a près de 10 ans et je cherche un ratio revenu/risque très élevé. D’abord, j’isole mes coûts fixes de vie ; ensuite, je place 80% de mon épargne en Private Equity, en actifs financiers exotiques ou en objets ou mobiliers de collection. Ce sont des assets atypiques. Les 20% restants constituent un matelas de liquidité. J’essaie d’avoir 6 mois d’avance de mes charges fixes disponibles pour faire face à l’aléa.

SW : Et que penses-tu de l’investissement immobilier ?

O : Le seul avantage de l’immobilier aujourd’hui est la capacité de faire une plus-value à la revente et de rembourser son capital. Il est plus facile de demander 400 000 euros à une banque pour un achat immobilier que pour monter une entreprise, car le bien restera quelle que soit la finalité. Toutefois, un bien immobilier est un passif, il vient constamment drainer du capital (taxe foncière, charges, etc.) ; c’est un item souvent oublié. Dans ma stratégie d’investissement actuelle, le taux de retour de mes investissements est supérieur à ce que je pourrai escompter d’un placement immobilier. Aussi, je préfère garder ma liberté et ne pas me sentir engagé sur 20 à 25 ans…

SW : Quels sont tes projets pour 2021 ?

O : D’abord, maintenir la barre sur Zeclef en consolidant le chiffre d’affaires en BtoB Corporate. Ensuite, consolider mon activité de conseil. Enfin, préparer ma prochaine aventure en soutenant une curiosité à l’égard du SaaS, de la blockchain et l’intelligence artificielle, sur lesquelles j’aimerais m’investir davantage.
Je veux aussi voyager. Cette année, je me suis promis de prendre de vraies vacances. Cette crise vient choquer le subconscient collectif et restructure l’ordre des priorités et de l’appréciation des événements. Aujourd’hui, il faut toujours pouvoir espérer le meilleur, tout en restant prêt pour le pire…

Othmane CEO de ZeClef, le phoenix de l’entrepreneuriat
Othmane Senhaji Rhazi www.zeclef.com