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Impact Entrepreneuriat Passion Food

Julie, traiteur Pich Pich : les recettes de la nouvelle agilité

PAR Julie Sadaka-Entringer
28 avril 2021 — Temps de lecture :5mn
Il y a un an, Julie Sadaka-Entringer, juriste de formation, décide d’accompagner sa belle sœur homonyme dans son aventure entrepreneuriale : la food. Ensemble, elles rivalisent de créativité pour percer dans ce secteur ultra concurrentiel et en pleine mutation avec la distanciation sociale. Equipées de leurs tabliers et les manches bien retroussées, les deux trublions de la cuisine du Levant ne recule devant rien. Témoignage inspirant.
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SW : Qui es-tu ? Que fais-tu ?

J : Je m’appelle Julie Sadaka, j’ai 37 ans et je suis la co-fondatrice de Pich Pich. Cette aventure a débuté il y a un peu plus de 3 ans, portée par une envie forte de la part de ma belle-sœur : celle de transmettre l’héritage familial de la cuisine juive de Turquie. Elle souhaitait rendre un hommage à sa grand-mère tout en revisitant et modernisant les recettes et saveurs de son enfance. Elle a donc commencé comme traiteur pour des particuliers et entreprises. Après 2 ans d’existence, elle s’est mise en quête d’un.e associé.e.

SW : Comment as-tu intégré ce projet ?

J : A l’époque, j’avais un très bon poste dans une grande entreprise qui me fournissait tout le confort nécessaire, mais je commençais à me questionner et à me rapprocher de l’entrepreneuriat... Je suivais le projet de ma belle-sœur et finalement, nos deux volontés se sont rencontrées. J’ai donc quitté mon poste il y a un an pour me lancer dans cette aventure et trouver un lieu à Pich Pich.
A la veille du premier confinement nous pensions donc ouvrir un restaurant. L’enfermement qui a suivi Nous a forcées à repenser notre modèle et notre vision.

« La crise nous a permis de nous poser et de faire germer l’idée d’ouvrir un lieu de vie hybride sous forme de boutique-traiteur. »

SW : Comment s’est passée cette période pour Pich Pich ?

J : Elle a été dure surtout au début. De nombreux événements ont été annulés, impactant notre activité de traiteur. Nous avons rebondi à la fin du premier confinement, notamment grâce aux plateformes de livraison. Ce format a bien marché et nous a vraiment permis d’apprendre beaucoup en un temps record, grâce à de nombreux retours des clients.
En 2020, nous avons donc affiné notre positionnement et notre business model. La crise nous a permis de nous poser et de faire germer l’idée d’ouvrir un lieu de vie hybride sous forme de boutique-traiteur, plus résilient face à la crise qu’un restaurant et qui correspondait parfaitement à nos envies. Désormais, nous y avons notre labo pour la partie traiteur, nos recettes pour le take-away, des produits d’épicerie ou encore de la vaisselle.

SW : Comment avez-vous financé ce projet ?

J : Le lieu a été financé pour un tiers en fonds propres et pour deux-tiers en emprunts. Nous avons été soutenues par une banque qui a vraiment cru en notre aventure et avons obtenu un prêt d’honneur de Paris Initiative Entreprise.
Nous avons donc dû monter des dossiers solides, ce qui a été extrêmement formateur. Enfin, juste avant l’ouverture nous avons lancé une campagne de crowd-funding qui a financé les derniers équipements et travaux, en plus de mobiliser notre communauté. Nous communiquons aussi beaucoup sur les réseaux sociaux et travaillons avec une agence Relations Publics spécialisée dans la food. Depuis quelques semaines, les journalistes et influenceurs parlent de nous et le nombre de followers a véritablement explosé !

SW : Comment se passe votre collaboration entre belles-sœurs ?

J : Nous sommes complémentaires : Julie est issue du monde de la mode et y a travaillé pendant presque 10 ans, d’où son sens de l’esthétique très aiguisé. C’est également elle la cheffe de cuisine, qui élabore les recettes.
Moi, je suis une très bonne goûteuse ! (rires) Ma vraie plus-value porte sur les sujets administratifs, budgétaires, juridiques, etc. Nous arrivons ainsi à allier le côté créatif au côté gestion de projet. C’est sans doute là, je l’espère, l’une des clés du succès…

« Il faut réussir à se démarquer tout en s’alignant aux valeurs des clients. Une démarche responsable, respectueuse de l’environnement me semble être un prérequis. »

SW : Justement, quels sont les autres ingrédients du succès pour percer ?

J : La food est extrêmement concurrentielle, les initiatives de qualité sont déjà très nombreuses. Il faut réussir à se démarquer tout en s’alignant aux valeurs des clients. Une démarche responsable, respectueuse de l’environnement me semble être un prérequis. Cela implique d’opter pour des circuits courts, des produits de saison (le plus possible car lorsque l’on fait une cuisine méditerranéenne ce n’est pas évident) et de se débarrasser de tout plastique.
La crise nous montre aussi qu’il faut rester agile et s’adapter à notre environnement. Par exemple, de nombreux restaurateurs sont passés par la livraison pour surmonter cette période difficile, réinventant totalement leur expérience client.
Enfin, il faut aussi savoir s’entourer des bonnes expertises. Pour Pich Pich nous avons eu la chance d’être accompagnées par des experts dans plusieurs domaines, qui ont permis au projet d’être ce qu’il est aujourd’hui…

SW : Que nous mijote Pich Pich pour les prochains mois et années ?

J : Dès le lancement, nous avons eu des clients, qui, d’ailleurs, reviennent depuis. Les retours sont très positifs. Nous souhaitons continuer à régaler et à peaufiner notre offre. Dans les mois à venir, nous voulons surtout consolider les premiers résultats et continuer dans notre bonne dynamique ! Dans un deuxième temps, nous souhaitons développer la partie traiteur, qui souffre de la période actuelle, en allant démarcher des entreprises et des particuliers, dès que cela sera possible. Enfin, le dernier projet est de s’agrandir, pour avoir notamment un labo plus grand.

Julie, traiteur Pich Pich : les recettes de la nouvelle agilité

SW : Suite à ton apport personnel dans Pich Pich, continues-tu à épargner ?

J : Suite à ma rupture conventionnelle, j’ai pu partir avec une certaine somme que j’ai investie dans Pich Pich. En parallèle, je touche le chômage. Tout cela m’a permis de ne pas trop subir le confinement. J’ai la chance d’être propriétaire de mon appartement, que je considère finalement comme une sorte de placement.
Globalement, je suis prudente dans mon épargne. J’ai des connaissances limitées dans le domaine et ne suis pas joueuse. J’agis comme un bon père de famille. (rires)

SW : Quelles initiatives t’inspirent aujourd’hui ?

J : Grâce à Pich Pich j’ai fait de formidables rencontres, comme avec Damien Chalret du Rieu, un ancien financier qui a tout quitté pour partir dans les Pyrénées réinventer la façon dont nous produisons et consommons l’eau minérale. Toute la chaîne de valeur de son projet est orientée autour de l’impact positif, de l’électricité qu’il consomme qui vient d’une centrale hydraulique locale au contenant utilisé pour l’eau qui est fait en carton recyclé… De plus en plus de gens sont dans cette recherche de sens, à mille lieux des fameux bullshit jobs.

Julie, traiteur Pich Pich : les recettes de la nouvelle agilité
Julie Sadaka-Entringer www.pichpich.fr