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Impact ESG Entrepreneuriat Epargne Collaboration

Sven, semer des graines avec des fruits et légumes Hors Normes

PAR Sven Ripoche
13 avril 2021 — Temps de lecture :4mn
Il n’y a pas d’âge pour se lancer, ni pour avoir un impact. Preuve s’il en faut, Sven a co-fondé Hors Normes, un circuit court d’un nouveau genre, qui replace les fruits et légumes bios atypiques au centre de l’assiette. Un concept équitable, porteur de sens, incubé par HEC et Station F. A tous les niveaux, hors normes bouscule les codes avec saveur !
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SW : Bonjour Sven, qui es-tu ? que fais-tu ?

S : J’ai 28 ans et je suis un France-trotter : j’ai beaucoup déménagé en provinces. Je suis né dans la Creuse et je suis passé par Chinon, Angers, Angoulême, Saintes, Douai... et finalement j’ai atterri à Jouy-en-Josas (rires), en cursus à HEC d’où je suis sorti il y a 5 ans. J’ai travaillé 3 ans en conseil en stratégie sur des sujets industriels chez Airbus à Toulouse, puis j’ai rejoint la Fourchette [ndlr : devenue The Fork] et enfin j’ai vécu mon deuxième gros changement : l’entrepreneuriat. Il y a un an, j’ai co-fondé Hors Normes : une start-up qui lutte contre le gaspillage alimentaire et rend de bons produits accessibles au plus grand nombre.

SW : En quoi un fruit ou un légume est-il hors norme ?

S : C’est un produit bio refusé par la distribution classique parce qu’il est trop petit ou trop gros, à consommer rapidement ou parce qu’il est un peu biscornu. Ces produits sont tout aussi bons mais n’intègrent pas les règles esthétiques qui sévissent.

« A l’échelle mondiale, un tiers des produits sont jetés sans n’avoir jamais été consommés. »

SW : Quelle est l’ampleur du gaspillage alimentaire aujourd’hui ? et quels sont les objectifs français ?

S : A l’échelle mondiale, un tiers des produits sont jetés sans n’avoir jamais été consommés. Et de l’autre côté, 1 milliard de personnes subissent la malnutrition. L’enjeu de remettre les bons produits dans les assiettes est donc majeur !
En France, nous sommes meilleurs élèves : le gaspillage représente « que » 20% de la production alimentaire. Plusieurs accords et lois ont conduit à des engagements. Par exemple, la distribution et la restauration collective visent une baisse de 50% entre 2015 et 2025.

SW : Quand et comment, la marque Hors Norme a été lancée ?

S : L’envie d’entreprendre était bien ancrée chez moi. Par le passé, j’avais déjà testé plusieurs idées dans mon garage (rires). Quand j’ai quitté La Fourchette, l’idée existait ainsi que l’envie de collaborer avec Grégoire. 2 bases solides.
A l’époque et aujourd’hui toujours, j’ai assez peu d’attaches – pas de famille, pas d’emprunt etc. – cela m’offre une liberté que je souhaite placer à bon escient.

SW : Collaborer est donc important pour toi…

S : Il m’était inconcevable d’entreprendre tout seul. C’est une question de tempérament et de nature, j’imagine... Avec Grégoire, que je connais depuis les classes préparatoires, nous avons une complémentarité au quotidien qui est réellement bénéfique. Aussi, il est sympathique de fêter les moments faciles à 2 et de se serrer les coudes ensemble dans les moments difficiles.

Sven, semer des graines avec des fruits et légumes Hors Normes

SW : Comment se passe le beau projet Hors Norme jusque-là ?

S : L’aventure est récente, nous avons commencé les livraisons tests, auprès de notre voisinage, durant l’été 2020. Cela a duré quelques mois, puis à l’automne, nous avons fait une campagne de crowd-funding ; et depuis nous avons une vraie accélération en nombre de paniers par semaine. Aujourd’hui, nous en livrons plus de 250, et nous sauvons plus d’une tonne de produits hors hormes par semaine. La loyauté est très forte, et une communauté autour du projet s’est créée. C’est extrêmement motivant et aussi challengeant : plus de produits sont à récupérer, de paniers à composer, de livraisons à effectuer dans Paris, etc.

SW : Quels sont vos objectifs pour 2021 ?

S : Nous sommes dans une approche rapide, et la stratégie repose sur 3 piliers. D’abord, faire grossir la communauté des personnes attirées par l'offre Hors Normes et des producteurs ; en maintenant une qualité de services irréprochable et un circuit court efficace.
Ensuite, nous étendre géographiquement : de Paris vers la petite couronne puis à d’autres grandes villes en France. Actuellement, le système est très localisé : tous les produits convergent vers un lieu d’où les fruits et légumes sont dispatchés dans nos commerces partenaires ou à domicile.
Enfin, aller sauver d’autres types de produits d’épicerie qui vivent les mêmes difficultés : les œufs, les yaourts, le lait par exemple.

SW : Comment prévois-tu financer ces projets de développement ?

S : Nous allons piocher dans nos fonds propres. En effet, même si nos livraisons sont déjà rentables, et cette trésorerie va financer nos prochains tests et nos améliorations. Puis, nous prévoyions de réaliser dans les prochains mois, une levée de fonds d’environ 1 ou 2 millions d’euros. Enfin, nous prévoyions de demander des subventions ; elles existent pour les jeunes entreprises.

SW : L’engagement responsable des investisseurs futurs est-il fondamental pour vous ?

S : Que ce soit un business angel ou un fonds d’investissement, nous allons prêter une vraie attention à l’alignement des valeurs. La transparence est une condition sine-qua-non de notre succès.

SW : Hors Normes fait partie de l’incubateur HEC de Station F, est-ce une aide supplémentaire ?

S : Ce sont 2 écosystèmes imbriqués qui permettent de faire beaucoup de rencontres. Avec des investisseurs, des experts – pour "craquer" des sujets et nous sortir de notre zone de confort – et d’autres entrepreneurs pour partager nos problématiques et éviter de refaire les mêmes erreurs ! La période d’incubation dure 12 mois, nous avons beaucoup de choses à apprendre. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas vraiment un argument de communication pour nous ; et ce ni vis-à-vis du client, ni du producteur.

SW : Comment épargnes-tu aujourd’hui ?

S : Pour l’instant, je ne touche pas de salaire. Mon épargne passée m’a permis de financer le lancement de Hors Normes. J’avais un livret A, ce qui avait peu d’utilité pour la société et pour moi. J’avais également un PEE dans mon ancienne entreprise avec des investissements en fonds solidaires, qui se sont avérés être des boites noires. Et finalement j’avais fléché une partie de mon épargne, en obligations et actions, vers des projets à impact, via des plateformes spécialisées comme Lita.

SW : Sommes-nous tous des colibris au sens de Pierre Rabhi ?

S : J’aime beaucoup cette approche. Après avoir passé le constat un peu effrayant du monde en plein dérèglement, chacun.e peut à sa façon et à sa mesure, essayer d’éteindre le feu. J’ai la chance d’avoir une activité à impact positive, et je la mesure.

Sven, semer des graines avec des fruits et légumes Hors Normes
Sven Ripoche www.horsnormes.co