Ce site utilise des cookies.
Les cookies garantissent une expérience de navigation optimale. Vous pouvez modifier les réglages d'acceptation des cookies pour ce site.

Entrepreneuriat Horlogerie Artisanat

Gautier : Le temps libéré

PAR Gautier Massonneau
30 mars 2021 — Temps de lecture :5mn
Gautier Massonneau questionne le rapport au temps : de notre société, des investisseurs mais surtout des acteurs historiques du secteur de la haute horlogerie, dans lequel il s’est lancé en fondant la maison Trilobe. Redéfinissant les conventions du savoir-faire helvétique avec un twist français et un état d’esprit contemporain, il raconte son expérience, sa vision et le rôle de l’artisanat dans la transition vers un monde plus responsable. Incursion temporelle en compagnie d’un entrepreneur libre penseur !
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Qui es-tu ? Que fais-tu ?

G : Je m’appelle Gautier Massonneau, j’ai fondé la maison de Haute Horlogerie Trilobe, il y a bientôt 2 ans, avec un postulat fort : celui de libérer le temps.
J’ai découvert le monde de l’horlogerie par hasard, au moment où j’ai souhaité acheter ma première montre. C’est un monde qui m’était jusque-là inconnu puisque je travaillais dans les financements d’infrastructure à l’époque. Je recherchais alors une montre qui sorte de l’ordinaire. N’arrivant pas à trouver un modèle qui me corresponde j’ai eu l’idée de le créer. Ainsi, Trilobe inverse le référentiel de lecture de l’heure : exit les aiguilles mobiles, les indicateurs sont fixes, et le temps est mis en mouvement à l’aide de trois anneaux rotatifs portant chacun une graduation du temps (heures, minutes, secondes). Ce changement de paradigme est presque philosophique...

SW : Quelle a été ton ambition au départ ?

G : Assez rapidement, j’ai compris que je ne pouvais pas réaliser ma montre moi-même et me suis donc associé avec un très grand nom du secteur, séduit par la démarche. C’est là que nous avons basculé d’un projet sur-mesure individuel à celui de marque.
Aujourd’hui, le marché est constitué d’une centaine d’acteurs, aux modèles souvent assez similaires. Il est même difficile de faire la distinction, lorsque l’on retire ses lunettes ! (rires) Et les créations atypiques, différenciantes sont très onéreuses, parce que les marques historiques ont orienté leurs créations vers les consommateurs asiatiques fortunés.
Une place est à prendre en tant que nouvel acteur avec une offre singulière : des designs novateurs, de l’onirisme et des prix raisonnables. Ainsi, Trilobe s’adresse à un public d’esthètes occidentaux dont les désirs ont été délaissés au cours des 2 dernières décennies.

« Être un millénial sur un marché 'classique', est un vrai avantage. Cela permet d’apporter un nouveau point de vue. »

SW : Une forme de disruption, au sens de Jean Marie Dru ?

G : Être un millénial sur un marché « classique », est un vrai avantage. Cela permet d’apporter un nouveau point de vue. De la même façon, être français dans un univers suisse permet de bousculer les conventions. Nos montres sont résolument Françaises dans leur épure : elles prennent leurs racines dans l’art et l’architecture. Nous confions la façon à des experts suisses, situés à côté de la Chaux-de-Fonds, et qui collaborent depuis des siècles avec de très grands noms. Quand nous sommes arrivés avec le concept d’aiguilles fixes, ils ont été extrêmement surpris ; encore plus lorsque nous avons remplacé le poinçon d’étanchéité conventionnel par la gravure d’un canard en plastique ! (rires) Notre marque est sincère, nous nous racontons ce que nous sommes avec un grain de folie et l’envie de raconter de belles histoires.

SW : L’artisanat a-t-il un rôle à jouer dans la transition vers un monde plus responsable ?

G : Et vous avez 4 heures pour cette question philosophique ! (rires) L’artisanat impose une nouvelle temporalité, celle de la main. Il y a l’éducation puis la transmission du geste, le temps de faire aussi… La conception est plus longue, et incite à ralentir dans un monde bousculé. La montre a une valeur émotionnelle par sa force esthétique et intimide (être au poignet). Elle s’entretient puis se transmet de génération en génération à l’opposé de notre modèle de société actuel marqué par l’obsolescence programmée et la surconsommation. En ce sens, l’horlogerie a effectivement un rôle à jouer.

Gautier : Le temps libéré

SW : Comment se passe 2020 pour Trilobe ?

G : De nombreux fournisseurs horlogers, souffrent en France. En Suisse, cela est moins le cas car les portefeuilles clients sont plus diversifiés. C’est une année de challenges pour tous.
Trilobe est récente, donc la dynamique reste positive grâce à l’ouverture de plusieurs marchés étrangers (dans les Amériques et Hong-Kong notamment) et de points de vente.
Notre distribution en direct, via le site e-commerce et le Pied-à-Terre parisien, connaît une jolie croissance, avec un gain de notoriété et de visibilité. Les médias nous accompagnent dans l’aventure.
Par ailleurs, une nouvelle collection arrivera cet hiver pour célébrer notre anniversaire.

« Ironiquement et poétiquement, il est important de prendre son temps dans le monde de l’horlogerie et nous avons la chance d’être accompagnés par des investisseurs alignés sur cette philosophie. »

SW : Penses-tu avoir toutes les cartes en main pour mener à bien tes ambitions ?

G : D’un point de vue humain, nous sommes une très bonne équipe, avec une superbe dynamique.
D’un point de vue financier, il y a de nombreux défis. Beaucoup d’investisseurs sont à la recherche de retours sur investissements rapides, avec une approche très court-termiste, ne laissant pas aux Maisons le temps de réellement créer de la valeur et d’asseoir leurs notoriétés. Cela fait partie intégrante de leur mentalité. L’univers de la tech a accéléré cette course de vitesse avec des valorisations qui explosent brusquement.
Pourtant, une maison de luxe se construit sur des années. Ironiquement et poétiquement, il est important de prendre son temps dans le monde de l’horlogerie et nous avons la chance d’être accompagnés par des investisseurs alignés sur cette philosophie.

SW : Comment as-tu financé les premières heures de Trilobe ?

G : Nous avons fait appel à 3 investisseurs individuels qui croyaient en notre projet et qui souhaitaient nous accompagner sur le long-terme. Ils partagent notre vision et comprennent les enjeux. Demain, nous pourrons faire appel à des fonds, si cela devient nécessaire à notre développement.

SW : Comment épargnes-tu aujourd’hui ?

G : Je suis entrepreneur dans l’âme. Ma seule épargne est Trilobe ; je capitalise sur ce que je suis en train de créer. Pour moi, cela a beaucoup plus de sens que la spéculation sur la volatilité boursière ou encore les investissements immobiliers dont la valeur économique me paraît bien loin de leur valeur réelle.

SW : Quels parcours t’inspirent ?

G : J’enfonce une porte ouverte, mais Elon Musk est exemplaire pour moi. Il a toujours su prendre son risque et réinvestir entièrement, ce qu’il avait gagné auparavant.
De l’autre côté du spectre, j’aime beaucoup Etienne Klein, un philosophe qui travaille sur le rapport au temps, qui invite à prendre de la hauteur et de s’offrir des espaces de respiration.

SW : Pourrais-tu compléter la phrase suivante :
« Aujourd’hui plus que jamais, je veux… » ?

G : D’abord du temps, parce que c’est la denrée la plus rare. Ensuite, dans le secteur de l’horlogerie, je milite pour un peu plus d’humour.

Gautier : Le temps libéré
Gautier Massonneau www.trilobe.com