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Entrepreneuriat ESG Crowdfunding Indépendance

Elodie, Dirty Notes : cahier ouvert sur le crowd-funding

PAR Elodie Maigné
18 mars 2021 — Temps de lecture :4mn
Chez Sparewell, nous connaissons bien Elodie Maigné qui a créé la charte graphique du site. Au départ graphiste indépendante, elle se lance aujourd’hui dans une nouvelle aventure : l’entrepreneuriat optimiste à impact. Chaque jour, Elodie se retrousse les manches pour fouiller dans les bennes des professionnels de l’impression, dénicher des pépites et les transformer en cahiers beaux et bien faits. Partir d’une feuille blanche et upcycler, elle raconte les motivations et la réalité opérationnelle de son projet, actuellement en campagne de crowd-funding.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Bonjour Elodie ? Qui es-tu ? Que fais-tu ?

E : Je suis Directrice Artistique depuis 15 ans ; j’ai toujours travaillé à mon compte, essentiellement pour les institutions dans le domaine de la culture. Cela faisait longtemps que j’avais des projets de produits dans la tête. A chaque fois, j’essayais d’y allouer une journée par semaine, mais le travail et les enfants prenaient le dessus. La crise de la Covid-19 a été une double opportunité : plus de temps pour m’y atteler, et une véritable prise de conscience. Je me suis dit « le monde ne peut pas continuer à tourner ainsi ! » et j’ai eu envie d’apporter ma micro pierre à l’édifice du « monde d’après ».

SW : Ainsi est née Dirty Notes…

E : Dirty Notes est une marque de papeterie upcyclée, qui valorise les déchets de l’industrie de l’impression en les transformant à minima pour créer des objets désirables. L’objectif est de sauver une partie des 500 000 tonnes de papier inutilisé et jetés chaque année en France. Je grognais de voir dans les bennes des imprimeurs ; je déteste le gâchis !

SW : Quel est le procédé de fabrication ?

E : Les matières premières correspondent à des chutes de papier neuves ou des formats abîmés dans le transport, qui sont transformées de façon responsable. Les motifs sont imprimés en risographie, grâce à des encres à base de soja et un procédé à froid, la protection est assurée en sérigraphie avec un vernis à base d’eau, et tout est produit ultra-localement par par moi-même et par des entreprises ou des artisans déjà impliqués dans une démarche éco-responsable. C’est vraiment une nouvelle façon de faire. Car l’upcycling valorise les objets ou produits usagés en leur donnant une nouvelle vie plus qualitative, en les transformant – à minima. Par exemple, il s’agit de transformer un tas de vieux annuaires téléphoniques en table basse. Le recyclage est quant à lui industriel, il se fait à plus grande échelle et génère du transport, des émissions de gaz, de la consommation d’énergie – notamment d’eau – etc.

Elodie, Dirty Notes : cahier ouvert sur le crowd-funding

SW : Quelles ont été les étapes clés de la création de Dirty Notes ?

E : J’ai commencé par trouver des sources de papiers. Certains imprimeurs ont été directement partants et ont offert de prédécouper les chutes, d’autres n’était pas favorables au changement, d’autres encore ont souhaité accompagner le projet sans dédier un opérateur à la mission. Avec ces derniers, je fouille dans les bennes, gants à la main.

L’étape 2 était de caler un process de fabrication propre, demander des devis et trouver des prestataires pour faire des prototypes.

Ensuite, vient le business plan. J’ai choisi le crowd-funding pour tester l’appétence via les préventes, mais aussi permettre une distribution directe. Il faut savoir que les distributeurs sur la papeterie prennent de grandes marges : x2 voire x2,5 !

Actuellement, je construits la réputation du projet avec une agence spécialisée, par campagnes de communication et d’influence. Instagram est un outil très puissant, mais aussi très vicieux…

« Le crowd-funding fonctionne ainsi, il faut initier la campagne avec des investisseurs qui donnent l’exemple... »

SW : Comment se passe ton crowd-funding jusque-là ?

E : Cela marche très fort pour le moment. Au bout de 7 jours, Dirty Notes était déjà à 120% de l’objectif. Au départ, je ne voulais pas solliciter mon cercle premier, il n’était pas question de faire payer ma grand-mère ! (rires) Malheureusement, le crowd-funding fonctionne ainsi, il faut initier la campagne avec des investisseurs qui donnent l’exemple...

SW : Chez Sparewell, nous sommes optimistes dans la capacité de la France à rebondir suite à la crise. Dans ce monde post Covid-19, comment prévois-tu de mener tes 2 activités simultanément ?

E : J’aimerai ne pas avoir à choisir entre les 2, car c’est toujours difficile. Après 15 ans de superbes projets souvent en solitaire, Dirty Notes s’impose comme un vent de fraîcheur. Il booste ma polyvalence : je fais de la manutention, de la logistique, de la sérigraphie, de la comptabilité, etc. Même si chaque jour, il y a 3 montages à soulever, le projet est porteur de sens. La rentabilité dictera la suite.

SW : Comment gères-tu tes finances ?

E : Quand tu es un indépendant.e, tu cumules 10 ou 15 petites charges : le scooter, l’abonnement Adobe pour avoir Photoshop, l’atelier etc. Je me verse un salaire tous les mois et un bonus lors des frais exceptionnels.

Je suis fourmi : j’ai besoin d’un an de visibilité pour être tranquille. Cette prévoyance m’a permis de passer 2020 et de lancer Dirty Notes – pour laquelle j’ai dû investir près de quelques milliers d’euros entre la communication, les prototypes etc.

SW : Comment est placée ton épargne ?

E : Dans des véhicules classiques : un PEL, un livret A et un compte-courant. Dès que les plafonds sont dépassés, l’argent ne travaille plus. Je sais que ce n’est pas idéal mais cela ne m’intéresse pas et mon banquier est à l’autre bout de Paris. (rires)

SW : Pour finir, est-ce que tu aurais 3 conseils à donner à un.e entrepreneur.e qui souhaiterait se lancer ?

E : C’est le moment, il faut y aller maintenant. Il y a des initiatives de tous les côtés. Tous les jours, je vois de nouveaux colibris, des petites marques qui essaient de faire les choses différemment.
Mais faites attention au déclaratif. Sur LinkedIn par exemple, les personnes qui commentent ne sont pas toujours celles qui achètent, qui aideront ou qui investiront.
Enfin, j’appelle les entrepreneurs à se serrer les coudes. Pourquoi ne pas faire bouger les lignes ensemble ? Par exemple, pourquoi ne pas tenter de faire approuver par l’Etat une baisse de TVA pour les produits éco-responsables et par la même, faciliter leur adoption par les clients ? A bon entendeur…

Elodie, Dirty Notes : cahier ouvert sur le crowd-funding

Crédit Photos : François Rouzioux pour Bureau Bien Vu

Elodie Maigné www.dirty-notes.com Lien vers la campagne de crowd-funding: https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/dirty-notes