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Consulting Passion Musique Auto-entrepreneuriat

Myriam : Suivre sa voix, devenir chanteuse

PAR Myriam Cheikh
11 mars 2021 — Temps de lecture :6mn
Parisienne de cœur, Myriam Cheikh est arrivée de Tunisie après son bac pour suivre un parcours en classes préparatoires. Sa voix est teintée de soleil, sa plume relevée par ses expériences et sa vision du monde. Depuis quelques mois, elle vit et fait vivre ses deux passions : le chant et l’écriture. Experte en communication éditoriale, elle a décidé de quitter la « voie classique » pour créer la sienne. A cappella, elle raconte son aventure auto-entrepreneuriale.
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SW : Bonjour Myriam, qui es-tu ? Que fais-tu ?

M : Je suis conceptrice-rédactrice et « aspirante chanteuse » depuis environ un an. Aujourd'hui, je partage mon temps entre des missions en freelance et mon apprentissage de la musique. L’idée me trottait dans la tête depuis des années. J'avais un poste à responsabilité en agence avec de vraies perspectives d’évolution en interne, mais au fond de moi, je sentais qu’il me manquait quelque chose pour m’accomplir. Une citation de Nietzsche me revenait sans cesse : « Deviens ce que tu es ». Il fallait que je tente. Et la solution, c’était de me lancer dans l'auto-entrepreneuriat pour pouvoir subvenir à mes besoins tout en ayant la possibilité d'organiser librement mon temps entre travail et passion. Après avoir longuement réfléchi, j’ai sauté le pas avec le soutien de mes managers, de mes collègues, de mes parents et de mes proches.

SW : Comment tu sens tu aujourd’hui ?

M : Aujourd’hui, après un an, j’ai l’impression que ce modèle est parfaitement adapté à mes aspirations. Il me permet vraiment de m’épanouir dans ce que j’aime faire : la musique et l’écriture. Évidemment, il y a encore de nombreuses appréhensions. Le statut de freelance apporte beaucoup d'incertitudes et il faut constamment penser au coup d'après. Mais je suis fière d'avoir fait ce choix et d'être sortie du circuit « classique ». Quel que soit le résultat de cette reconversion, la simple démarche de réfléchir à ce que je voulais vraiment faire et de me poser pour la première fois depuis des années, vaut le coup !

« Selon moi, ceux qui s'épanouissent sont ceux qui réussissent à construire un faisceau de compétences autour d'eux, de leurs passions et qui apprennent à les valoriser. »

SW : Te reconnais-tu dans le concept d'économie de la passion ?

M : Il a été à l’origine de ma prise de décision. Chaque minute de ma journée est occupée à faire quelque chose que j'aime vraiment faire. Selon moi, ceux qui s'épanouissent sont ceux qui réussissent à construire un faisceau de compétences autour d'eux, de leurs passions et qui apprennent à les valoriser. En cela nous assistons à l'émergence d'une nouvelle approche du travail. Demain, il y a fort à parier qu’il y aura de plus en plus d’électrons libres que les entreprises iront chercher pour des missions ponctuelles autour d’un talent particulier ou d’une prestation spécifique.

SW : Comment épargnes-tu aujourd'hui ?

M : J’ai pu épargner durant mes années de salariat. Mon épargne est entièrement placée en assurance-vie, avec 5% en dynamique et 95% en sécurisé. J’ai déjà largement puisé dedans pour me constituer un petit home studio et acheter des instruments de musique. Mais depuis que je suis en freelance, il m’est devenu plus compliqué de mettre de l’argent de côté. Je n'ai pas vraiment l’impression d’avoir été sensibilisée à l'épargne, ni en entreprise, ni lors de mes études en école de commerce. Je pense qu'il y a un manque de ce côté-là... Mon père me conseille, mais je souhaite gagner en autonomie.

SW : Comment penses-tu pouvoir gagner en autonomie sur ces sujets financiers ?

M : Pour gagner en autonomie financière, il faut que je prospecte d’avantage et que je prenne plus de sujets. Il y a un équilibre à retrouver car c’est du temps en moins pour mon projet musical. 1vec un peu d’organisation, je pense que c’est réalisable. Pour le moment, en tant que free-lance et dans la situation actuelle, j’ai du mal à me projeter dans ces sujets.

Même en essayant de mettre de côté, je sais que de nombreuses contraintes finiront par venir à bout de mes économies. Les impôts, par exemple, ou la location de studio quand je serai prête à enregistrer mes chansons. La seule vraie solution est de développer mon activité de free-lance… J’ai aussi des opportunités pour faire des voix off de temps en temps ; elles constituent un complément de revenu.

SW : Justement, quel montant mensuel investis-tu dans l’apprentissage de la musique ?

M : Je prends des cours de chant et d’harmonie dans une école de jazz. Je prends aussi des cours particuliers de piano et de guitare. Tout cela revient à environ 450 euros par mois. C’est un gros poste de dépense mais ça en vaut totalement la peine. C’est aussi pour faire cet apprentissage que j’ai voulu avoir du temps pour moi.

Myriam : Suivre sa voix, devenir chanteuse

SW : Comment s'est passée cette première année, avec la crise de la Covid-19 ?

M : Il y a un an, je pensais que 2020 allait être l'année où j'allais véritablement devenir chanteuse et sortir un album ou au moins un EP. Bien sûr, cela a été plus compliqué que prévu… D'une part, j’ai pris conscience qu'un parcours artistique prend des années à se construire : apprendre à mieux maitriser ma voix, décrypter le rythme, s’entourer de musiciens, composer etc. Et puis, il y a eu la crise sanitaire que nous avons tous subis. Dans mon cas particulier, elle a eu un double impact. D’une part, j'ai été abasourdie par le confinement et j’ai mis du temps à retrouver la motivation par la suite. D’autre part, un grand nombre de mes projets de freelancing se sont retrouvés en suspens avec le deuxième confinement…

« Les artistes sont obligés d'investir le digital pour se faire entendre, et cela débouche sur de nouvelles créations visuelles, sonores ou interactives. »

SW : Penses-tu que cette crise a généré un rebond artistique ?

M : Totalement. Ce rebond de créativité est indéniable et je pense qu’il est essentiel, pour faire face à la fermeture de tous les lieux culturels. Les artistes sont obligés d'investir le digital pour se faire entendre, et cela débouche sur de nouvelles créations visuelles, sonores ou interactives. Nous l’avons constaté sur Instagram et TikTok notamment, où les initiatives artistiques se sont multipliées.

De plus, cette situation inédite nous fait réfléchir à des sujets et thèmes qui jusqu'alors nous paraissaient éloignés : « le jour d'après », par exemple. Dans cette construction du futur, les artistes ont un rôle à jouer : ils montrent comment faire différemment, et comment s’adapter à un monde mouvant…

SW : Quels sont tes projets pour 2021 ?

M : Concernant le chant, je souhaite mettre un gros coup d'accélérateur sur ma carrière. J'ai pris le temps de me poser des questions et de monter en compétences lors des confinements de 2020. Cette année, je prévois de mettre les bouchées doubles ! En parallèle, je réfléchis de plus en plus à un projet tourné vers l’écriture. Roman, blog, site, podcasts (qui demande aussi un travail de rédaction et de construction)… Je ne suis pas encore certaine du format, mais je vais creuser...

SW : Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un.e qui souhaite se lancer dans l’économie de la passion ?

M : Si pendant vos journées de travail, vous passez votre temps à faire des recherches sur un autre sujet, ou si aller au travail chaque matin devient un déchirement pour vous, alors il convient de vous poser des questions. Prenez le temps de réfléchir et de bien préparer votre sortie du salariat, lorsque cela est applicable. Les transitions efficaces sont celles qui ont été anticipées avec ses collègues et avec son entourage proche. Faites-vous confiance et écoutez ceux qui ont des expériences à partager avec vous. Il faut aussi être bien conscient qu’en choisissant cette voie, chacun.e est inévitablement confronté.e à énormément de doutes, et de peurs. Mais rien qui ne soit insurmontable si l’on croit sincèrement en son projet. C’est qui permet de ne pas baisser les bras et d’avancer.

Myriam : Suivre sa voix, devenir chanteuse
Myriam Cheikh