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Architecture d’intérieur Design Upcycling Déménagement

Marion : les fondations d’une nouvelle vie

PAR Marion Mailaender
04 mars 2021 — Temps de lecture :5mn
Marion Mailaender vient de quitter Paris, avec son mari et ses 2 filles. Après 22 ans, elle retourne dans le Sud, à Marseille « pour profiter d’un cycle court avec ma famille et la nature, pour redécouvrir la ville de notre enfance aussi. » Architecte d’intérieur et designer, elle crée des univers colorés et révèlent les personnalités. Cette fois-ci, elle nous invite dans sa sphère privée pour parler déménagement, upcycling et temps qualitatif.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Comment s’est passé votre récent déménagement à Marseille ?

M : Nous avons fait le choix de déménager bien avant le confinement. Après 22 ans à Paris, nous avions la sensation de connaître la ville, d’avoir un réseau et d’avoir bien développé nos projets professionnels. Thomas, mon mari et moi, la quarantaine passée, avions envie de changement, de prendre un risque.
La piste de l’étranger avait été considérée, mais l’appel de Marseille a été très fort. La ville a beaucoup changé, notamment après sa nomination en tant que Capitale Européenne de la Culture en 2013. Nous avions envie de contribuer à cet essor avec nos casquettes d’architectes, de designer et d’artiste.
Les filles n’ont pas eu le choix ! (rires) L’ainée s’est fait plein de copines, elle est assez populaire parce qu’elle a un autre style ! La seconde est rentrée en 6ème, tout le monde est nouveau dans son établissement, donc l’intégration se passe bien.

SW : Est-ce un choix difficile à faire en tant qu’architecte d’intérieur ?

M : Pour les créatifs, changer d’appui est important. Cela permet de trouver un nouvel équilibre, une nouvelle source d’inspiration.

SW : Quelle est l’histoire de ton agence ?

M : Design&Fils [ndlr: nom de son agence d’architecture intérieure et de design] existe depuis 2004. En sortant d’école, je n’imaginais pas autre chose que d’avoir mon agence. Au début, j’ai répondu à beaucoup d’appels d’offres pour de la sous-traitance, comme pourrait le faire un free-lance.
A partir de 2013, j’ai commencé à avoir des projets développés à mon nom. Cela a pris du temps de me créer une réputation et de bien me faire connaître. D’autant plus que je suis pluridisciplinaire, et travaille pour l’hôtellerie, le retail, les particuliers, les institutions, etc. Certains de mes amis ont fait un autre choix de parcours : ils ont commencé en agence puis ont créé leur structure avec une base de clients qu’ils connaissaient déjà.
La répartition de mes projets a évolué ces dernières années. Après une vague de missions pour des marques (Huyguens, Amélie Pichard, groupe LVMH), j’ai collaboré sur un projet de night-club (Sacré à Paris) et d’un hôtel-restaurant (Tuba à Marseille). Aujourd’hui, les sollicitations changent ; je réalise moins de projets pour les particuliers et plus pour l’hôtellerie.

SW : Et le design ?

M : Pour moi, c’est un laboratoire d’expérimentation. Je crée des pièces sans contraintes, sans commande ; complètement libres.
C’est un travail personnel avec une philosophie d’intégrité. Contrairement à d’autres agences, je ne pousse pas mes clients à incorporer mes créations à leurs intérieurs.

SW : Comment bien construire sa notoriété dans un univers aussi concurrentiel ?

M : Il faut beaucoup travailler et ménager sa visibilité. Un projet hôtelier prend en moyenne 2 ans, aussi les prises de paroles sont espacées. Le design permet de compenser les appels d’air. Je n’ai jamais prémédité cette stratégie. Avec le recul, je me rends compte que c’est ce qu’il s’est passé.
Entre 2004 et 2013, il y a eu comme un avènement du design en France. Tout le monde en a beaucoup parlé d’un seul coup ; et les réseaux sociaux ont aidé les créatifs à communiquer directement sur leur travail. Je faisais une exposition dans mon bureau, que j’ai relayé sur Instagram, la presse a mordu et le bouche à oreille était né.

Marion : les fondations d’une nouvelle vie

SW : Quelle trésorerie nécessite l’activité d’architecture d’intérieur ?

M : Design&Fils [ndlr: nom de son agence d’architecture intérieure et de design] ne fait pas de production. Les honoraires portent sur la conception et le suivi notamment esthétique. Habituellement, je n’achète rien pour les clients sauf quand cela leur facilite les démarches administratives. Dans mon domaine, il est possible de ne pas avoir de projets pendant un semestre. Il faut donc avoir la juste trésorerie qui permet de payer les charges, la fiscalité et de fidéliser les free-lances qui travaillent autour de soi, pour une durée d’au moins 6 mois.

« Pourquoi dessiner une nouvelle chaise alors qu’il en existe déjà des tonnes ? La question est encore plus pertinente aujourd’hui. »

SW : Le design a-t-il un rôle à jouer dans la transition vers un monde plus responsable et durable ?

M : A l’école déjà, je me questionnais : pourquoi dessiner une nouvelle chaise alors qu’il en existe déjà des tonnes ? La question est encore plus pertinente aujourd’hui.
Avec Thomas, nous avons lancé 0491, une marque d’assiettes chinées sur lesquels on réapplique des images. Le matériel de départ existe, il est simplement sublimé. C’est de l’upcycling.
Les créatifs ont eu une carte à jouer dessus même si c’est plus long, et souvent moins rentable. Récemment, je suis tombé sur un projet d’Enzo Mari – un génie italien du design et qui vient de disparaitre – qui avait en 1995, avec la marque Alessi, crée un projet un peu cynique d’autocollants sur lesquels leurs noms étaient apposés, pour inciter les clients à les poser sur des bouteilles en plastique et ainsi en faire des vases avec une marque. Cela fait réfléchir…

SW : Quels sont tes projets pour l’agence ?

M : Le déménagement offre de vraies opportunités. L’espace est gigantesque ; les murs sont loués, et nous coûtent autant que 30 m² à Paris ! (rires)
Nous investissons dans le matériel, avec un four à céramique pour réaliser les nouvelles assiettes, mais aussi d’autres machines et ustensiles qui permettront d’intégrer les savoir-faires pour créer des projets plus audacieux, et plus accessibles pour les clients.

« Le reste de nos réserves est placé dans la trésorerie des agences. En quelque sorte, nous maîtrisons notre épargne car elle correspond à notre domaine d’expertise et qu’elle se fait sans intermédiation. »

SW : Dans les grandes lignes, comment se structure ton portefeuille d’épargne ?

M : Nous capitalisons sur notre créativité ! (rires) Le seul moyen de gagner de l’argent en plus de notre travail et de réaliser des plus-values sur nos achats immobiliers. Nous achetons des biens atypiques, que peu de personnes souhaitent acquérir ; puis nous les rénovons à moindre frais parce que nous faisons les choses nous-mêmes ou parce que nous connaissons les bons artisans. Ainsi, nous avons revendu notre premier appartement 3 fois son montant d’acquisition en l’espace de 6 ans. Pour le dernier en date, vendu pendant la crise, nous avons aussi fait une plus-value. Le reste de nos réserves est placé dans la trésorerie des agences.
En quelque sorte, nous maîtrisons notre épargne car elle correspond à notre domaine d’expertise et qu’elle se fait sans intermédiation.

SW : Est-ce que la liberté est importante ?

M : Dans la création, assurément. Je respecte les artistes libres penseurs qui font preuve de persévérance et donnent vie à leur mission, à leur engagement envers et contre-tout.
Dans la gestion de ces finances, la sensation de liberté est fondamentale. Les sujets de l’épargne, de la comptabilité et de la fiscalité sont obscurs pour les créatifs. Il est important de pouvoir s’entourer de partenaires de confiance. Entre le particulier qui confie son intérieur à un architecte, et un créatif qui confie son patrimoine à un conseiller, il doit y avoir le même niveau de loyauté. Ces relations touchent à l’intime…

Et enfin, peux-tu compléter la phrase suivante
« Aujourd’hui plus que jamais, je veux… » ?

M : Je veux avoir du temps de meilleure qualité. Avec mes enfants, ma famille et même dans le cadre de mon travail. Plus de circuit-courts pour plus de liberté.

Marion : les fondations d’une nouvelle vie