Ce site utilise des cookies.
Les cookies garantissent une expérience de navigation optimale. Vous pouvez modifier les réglages d'acceptation des cookies pour ce site.

Entrepreneuriat ESG Covid-19

Talent d’Achille : la cavale en basquettes dépareillées

PAR Achille Gazagnes
07 janvier 2021 — Temps de lecture : 5 mn
Achille Gazagnes est le maître de l’improvisation, sur scène en stand-up, dans l’entrepreneuriat aussi. Avec 2 amis, il s’est lancé dans la basquette déparaillée, « parce que l’asymétrie, c’est la vie et qu’il est important de vagabonder la différence au pied. » Un esprit libre dont l’intuition rime toujours avec conviction. Suivons-le dans sa CAVALE.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Bonjour Achille, qui es-tu ? Que fais-tu ?

A : J’ai 25 ans, et ai co-fondé avec 2 amis, la marque CAVAL. Nous créons un dialogue entre les 2 pieds avec des basquettes dépareillées aux jeux de formes, de couleurs et de motifs.
Depuis tout petit, c’était ma signature/mon style. Benoit, un des co-fondateurs qui a fait une école de mode, trouvait l’idée inspirante. Il a dessiné quelques paires et nous avons décidé de nous lancer en janvier 2018, tout simplement.

SW : Comment avez-vous financé le projet ?

A : Les frais de départ correspondaient au matériel pour les dessins, un voyage au Portugal pour identifier le bon producteur et quelques dépenses de communication (packshots, logos et mise en place d’un site Internet). Les investissements étaient raisonnables.
Très vite après, nous avons lancé une campagne de crowd-funding sur Ulule. Avec le système de précommandes, nous avions vendu 900 paires en un mois ! Cela a permis de lancer la première fabrication et le bouche à oreille. La marque continue d’être portée par cette impulsion positive, qui s’est consolidée avec les réseaux sociaux et Facebook en particulier.

« La valeur cardinale de la marque est la différence. Les basquettes sont différentes 2 à 2, par le made in Europe et par leur caractère éco-responsable. »

SW : L’asymétrie c’est la vie ? Est-ce que la disruption est une philosophie ?

A : La valeur cardinale de la marque est la différence. Les basquettes sont différentes 2 à 2, par le made in Europe et par leur caractère éco-responsable. Nous nous sommes toujours tout autorisés : Benoit a quitté HEC pour suivre sa passion la mode, je me suis détourné de la finance pour ce concept un peu fou... Nous voyions peu de gravité dans les choses. Tenter pour voir où cela nous amène.

SW : Comment se passe le confinement n°2 ?

A : CAVAL est raisonnablement impactée. 80% de notre chiffre d’affaires se fait en e-commerce. Le BtoB souffre, et avec, les stocks d’invendus pour les paires de la collection permanente et pour les coloris qui animent les saisons tous les 6 mois. La marge est rognée par le coup d’entreposage long.
Aussi, le développement produit est impacté. Nous avions des projets d’amélioration des produits qui se décalent (nouveau design de boites à chaussures percées, nouvelle semelle, etc.).

SW : La manufacture est-elle impactée ?

A : Nous produisons au Portugal, parce que le tissu industriel de la basquette y est important, et parce que les minimums de production requis sont plus faibles qu’en France. Le pays ne connaît pas de deuxième confinement ; nous continuons de produire.
La situation est donc très différente versus celle du premier confinement. À l’époque, nous avions lancé un système de pré-commandes pour compenser le manque d’approvisionnement. À la demande des clients, cette fonctionnalité est devenue permanente. Il est désormais possible de passer commande, à un prix plus faible qui compense le mois et demi d’attente.
L’option d’un troisième confinement en 2021 n’est pas exclue. Donc, nous avons conçu des scénarios de business model, avec et sans le wholesale. Le planning de production et les investissements sont régis en conséquence…

Talent d’Achille : la CAVALe en basquettes dépareillées

SW : De gros investissements sont donc en cours ?

A : En 2019, nous avons réalisé un chiffre d’affaires d’un million d’euros et l’atterrissage pour 2020 devrait avoisiner les 2 millions d’euros. Notre forte croissance a besoin d’être soutenue notamment sur le digital.
CAVAL travaille actuellement avec une agence externe pour solidifier la plateforme e-commerce. Cela facilitera la transition vers un modèle full-digital s’il s’impose. En mars dernier, nous avons profité du Prêt Garanti par l’Etat, qui nous permet en plus d’investir dans la création de contenu.

« Il y a un véritable intérêt économique à créer son entreprise autour de conviction et d’engagement. Cela crée de l’attraction donc du recrutement, et permet de montrer sa résilience donc de fidéliser. »

SW : Quels critères font les bons créateurs de valeurs aujourd’hui ?

A : Il y a un véritable intérêt économique à créer son entreprise autour de conviction et d’engagement. Cela crée de l’attraction donc du recrutement, et permet de montrer sa résilience donc de fidéliser. Notre génération a des valeurs et des messages à défendre.
Chez CAVAL, nous soutenons des causes qui nous tiennent à cœur comme celle d’Handicap International. Depuis plus d’un an déjà, un don lui est fait pour chaque paire achetée. En plus, en septembre, nous proposons une édition limitée de chaussures dépareillées à leur couleur, dont 100% des bénéfices sont reversés. Ils contribuent à la collecte School for All, qui finance des prothèses pour des enfants handicapés. Enfin, nous relayons leur actualité et leurs appels aux dons, aux signatures, etc.
Créer une marque, c’est accéder à une relative notoriété. Autant profiter de celle-ci pour véhiculer des messages autrement. Faire la différence !

SW : Dans les valeurs de CAVAL, quelle importance est donnée au made in Europe ?

A : Il était inenvisageable pour nous de nous approvisionner ailleurs. Au-delà de la fabrication, nous voulions des matériaux européens, des produits traçables à tous les maillons de la chaîne. Les peaux proviennent d’Italie, le coton recyclé des lacets aussi, les textiles viennent d’Espagne... Des matières premières proches et responsables.

Talent d’Achille : la CAVALe en basquettes dépareillées

SW : Comment produit-on du cuir responsable ?

A : Nos basquettes ont un impact carbone, que nous voulons le plus bas possible. D’abord, nous avons choisi une méthode de tannage sans chrome, et qui respecte les normes IFRS et l’accréditation Gold qui valorise le traitement et l’utilisation des eaux. Ensuite, CAVAL ne collabore qu’avec des fournisseurs certifiés par des écolabels premiums : Gold Rated pour le cuir, GRS pour les matériaux textiles, et GOTS pour le coton biologique.
Enfin, nous scrutons les conditions de travail. Lors d’un l’appel d’offre, les tanneries qui refusent de nous accueillir sont systématiquement exclues.

SW : CAVAL envisage-t-elle de développer une chaussure française ?

A : Le lancement est prévu pour 2021. Nous négocions actuellement avec 2 usines françaises. L’attraction derrière la marque nous permet désormais d’assurer les minimums de production. 2021 est une grande année qui s’annonce. Une année de transition marquée par l’apprentissage, le contexte socio-économique et notre propre motivation !

SW : Aujourd’hui, quels sont tes projets pour toi-même ?

A : J’écris un stand-up pour le plaisir. Je trouve l’exercice marrant ! (rires) Un autre projet est potentiellement de quitter Paris d’ici 2 ans et de préparer CAVAL à cela…

SW : Est-ce que tu épargnes aujourd’hui ?

A : Malheureusement, je ne peux pas trop me le permettre. Actuellement, tout est ré-investi dans le développement de la marque. Nous touchons chacun un salaire. Dans mon cas, celui-ci représente 2 fois le montant de mon loyer parisien pour donner une idée…
Et puis, je n’ai pas l’habitude d’épargner. Pour moi, l’argent doit circuler.

Et enfin, peux-tu compléter la phrase suivante
« Aujourd’hui plus que jamais, je veux… » ?

A : Faire de la différence la nouvelle norme.

Talent d’Achille : la CAVALe en basquettes dépareillées
Achille Gazagnes