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Environnement Ecologie Economie Transition

Ghita : vert un futur bas carbone, ensemble

PAR Ghita Kassara
03 décembre 2020 — Temps de lecture :5mn
Ghita Kassara est une femme convaincue du rôle des citoyens, des institutions et des entreprises dans la transformation du monde de demain. Militant pour le développement des innovations vers un monde bas carbone, elle nous explique en quoi contenir le réchauffement à 1,5°C est un défi pour toute l’humanité. Selon elle, la crise que nous traversons doit servir de catalyseur des initiatives vers la transition. Panorama des enjeux et des rôles que, tous, nous devons jouer.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Qui es-tu ? Que fais-tu ?

G : J’ai 27 ans, je suis marocaine et je suis arrivée en France il y a bientôt 10 ans pour réaliser mes études supérieures d’ingénieur. J’ai toujours travaillé dans le milieu de l’énergie. D’abord dans le conseil en stratégie énergétique pour des organisations gouvernementales et depuis un an, chez Engie Impact en tant que consultante en stratégie Energétique et Environnement.
Ce n’était pas une vocation mais une révélation progressive par mes expériences professionnelles. Les premiers stages ont rapidement montré que mon travail pouvait avoir de l’impact et cela m’a poussée à m’impliquer entièrement dans cette mission.

SW : Quelle est ta vision de la transformation actuelle des entreprises vers des modèles plus responsables ?

G : Avant tout, il y a aujourd’hui un problème d’accès à l’information. Il est très difficile pour le public de discerner le vrai du faux et de distinguer les entreprises qui sont sincères dans leur démarche, de celles qui s’inscrivent dans une logique artificielle de communication, voire de green washing… Les normes environnementales sont trop souvent destinées à être appréhendées par des experts, et malheureusement le grand public ne possède pas les clés de compréhension nécessaires. Par ailleurs, les réseaux sociaux donnent à voir des images caricaturales qui ne correspondent pas à la réalité. Pour moi, le débat doit passer de la sphère des experts à la sphère du débat public.

SW : Quelle est ta vision de cette réalité encore impalpable pour le grand public ?

G : En général, j’observe que les entreprises vont bien au-delà de simples déclarations. Autour de moi, il y a un vrai besoin de transformer les organisations pour les rendre cohérentes avec un monde bas carbone. Nous travaillons collectivement à la transformation des business models pour un monde plus durable. Certaines entreprises, comme Patagonia, sont exemplaires dans la cohérence entre leurs engagements et leur communication.

SW : Quelles sont les caractéristiques d’une bonne politique environnementale ?

G : Le plus important est la prise en compte de l’impact sur tout l’écosystème. Il faut dépasser le cadre de la chaîne de la valeur, puis du marché et de l’univers concurrentiel, afin de considérer et d’optimiser les incidences pour la planète. Les entreprises qui se disent bas carbone juste sur leur périmètre, vivent derrière un écran de fumée. Nous n’arriverons pas seuls à la neutralité carbone !

SW : La volonté des entreprises à s’investir dans la transition, vient-elle des clients ou des collaborateurs ?

G : Si les grands acteurs pétroliers souhaitent se transformer aujourd’hui, c’est avant tout parce que leurs activités sont mises en danger par le réchauffement climatique et que leurs assets risquent de perdre en valeur. Il y a donc un besoin, exprimé par les actionnaires, d’aligner ces activités avec un monde bas carbone. Sur le volet client, il y a une vraie demande pour des produits bas carbone. Enfin, les collaborateurs souhaitent aujourd’hui s’épanouir dans des entreprises alignées avec leurs engagements. Je crois en un triptyque entre les actionnaires, les clients et les collaborateurs. Ces 3 parties prenantes engendrent un équilibre des forces qui dynamise le changement.

Ghita : vert un futur bas carbone, ensemble

SW : Penses-tu que l’intérêt des actionnaires prédomine dans l’inconscient collectif ? Et que pour cette raison, le mot « green-washing » est dans toutes les bouches ?

F : À ceux qui disent que certains font cela pour l’argent, j’ai envie de répondre : et alors ? Il ne faut pas être naïf, les entreprises ont besoin de rentabilité. Bien sûr, il faudra revoir nos modes de vie et de consommation, mais le système devra toujours fonctionner. Le vrai green washing n’est pas la recherche de la rentabilité, mais le fait de biaiser sa communication et ne pas être transparent.

« La Banque a aussi un rôle de financement et d’incubation.
Elle doit permettre au secteur bas carbone de se développer,
en finançant l’innovation des technologies qui assureront
nos modes de vie durables. »

SW : La finance a donc un rôle à jouer ?

G : Bien sûr, comme tous les secteurs. Les acteurs financiers doivent d’abord se décarboner, mais aussi chercher à avoir des portefeuilles bas carbone, c’est-à-dire à investir dans des activités cohérentes avec le changement climatique. C’est tout le sujet d’aller au-delà de son échelle.
Mais la Banque a aussi un rôle de financement et d’incubation. Elle doit permettre au secteur bas carbone de se développer, en finançant l’innovation des technologies qui assureront nos modes de vie durables, à l’instar de l’hydrogène. Enfin, je pense que les millennials veulent aujourd’hui de la pédagogie, notamment sur l’impact de leur épargne.

SW : Justement, comment pouvons-nous millennials agir à notre échelle ?

G : Je ne crois pas en une dichotomie entre ceux qui peuvent agir et ceux qui ne le peuvent pas. Tous les domaines doivent se transformer, donc tout le monde peut s’appliquer à changer ses manières de faire et de consommer. Simplement, il y a un début à tout ; il ne faut pas attendre que d’autres le fassent à notre place.

SW : Selon toi, la crise que nous traversons peut-elle éveiller les consciences?

G : Je ne sais pas vraiment… Nous avons dû réagir de manière précipitée et beaucoup de choses se sont faites dans l’urgence, comme le télétravail. Il ne faut pas oublier que le changement vers un système durable s’inscrit dans un temps plus long et dans une démarche de transformation structurelle.
Néanmoins, nous pouvons voir cette crise comme une opportunité pour faire basculer les choses. Par exemple, elle a permis de débloquer de substantiels flux d’investissements pour le développement des énergies renouvelables. De là, naît un espoir. Ensuite, il faudra pérenniser les engagements.

SW : Quelles initiatives t’inspirent ?

G : Je suis engagée dans le féminisme et j’admire des écrivaines comme Marguerite Duras ou Simone de Beauvoir ou des personnalités comme Fatima Mernissi, grande féministe marocaine.
Du côté développement durable, j’aime beaucoup l’initiative de la Fresque du Climat. C’est un jeu d’équipe qui vise à sensibiliser aux causes et effets du changement climatique. En plus, c’est un super outil de cohésion.

SW : Enfin, peux-tu compléter la phrase suivante
« Aujourd’hui, plus que jamais, je veux… » ?

G : Sortir du confinement…(rires) pour nourrir mes idées et avoir plus d’impact.

Ghita : vert un futur bas carbone, ensemble

Ghita Kassara