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Upcycling ESG Entrepreneuriat Covid-19

Julien : combiner upcycling et insertion

PAR Julien Richardson
29 octobre 2020 — Temps de lecture : 5 mn
Atelier EXTRAMUROS conçoit des pièces uniques de mobilier pour les entreprises responsables. Derrière les conventions, un véritable engagement
« craft for good » : les matières premières sont upcyclées et l’essentiel des menuisiers s’intègre dans un parcours d’insertion. Un business model, ou plutôt « social model » unique que Julien Richardson, directeur de l’atelier, nous explique. Visite guidée à Gennevilliers.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Bonjour Julien, qui es-tu ? Que fais-tu ?

J : Sur le plan personnel, je suis parisien, j’ai 42 ans, je suis marié et nous avons 2 enfants de 3 ans et 10 mois. Sur le plan professionnel, je suis directeur d’Atelier EXTRAMUROS depuis 6 ans, un atelier de création et de fabrication de mobilier à partir de bois récupéré et revalorisé et à destination des entreprises.
L’atelier est pionnier dans l’upcycling (ndlr : transformation d’un déchet en un produit de qualité ou d’utilité supérieure), il existe depuis 13 ans. Il a été créé par 3 personnes : 2 artistes (Isabelle et Rosanna) qui se rencontrent par hasard à Clichy et qui font le constat que l’essentiel des déchets des trottoirs des grandes villes sont en bois. Elles y voient un point de départ pour une nouvelle création. La troisième personne (Jean-François) est un cadre, très grand militant de l’insertion par le travail, qui est aujourd’hui encore notre président bénévole.
En effet, une de nos missions est d’accompagner les personnes éloignées de l’emploi vers un emploi durable à travers un parcours d’insertion. En ce moment, 4 menuisiers sont en formation (« parcours » plutôt que « formation ») avec 2 artisans encadrants.
Atelier EXTRAMUROS se structure donc autour de 3 dimensions fondatrices, comme 3 valeurs centrales : la création, l’upcycling et la solidarité.

SW : Est-ce qu’il y a des subventions étatiques pour ce type de projet ?

J : Effectivement, il existe des subventions à l’investissement, notamment offertes par la région : entre 30 et 50% des achats de machines. Dans notre cas, celles-ci coûtent cher et ces subventions représentent une grande aide.
Pour la partie insertion, les aides au poste de la DIRECCTE nous soutiennent au quotidien.
J’en profite pour citer ici et remercier 2 partenaires qui ont soutenu Atelier EXTRAMUROS activement ces 3 dernières années, aussi bien financièrement que dans la promotion de notre démarche : l’éco-organisme Valdelia et La Fondation Veolia.

SW : Pourquoi les professionnels et pas les particuliers ?

J : Nous faisons les pièces « de manière artisanale », et il y a peu d’économies d’échelle. Dès lors, pour maintenir une certaine rentabilité (même très faible), les prix de vente pourraient être dissuasifs pour les particuliers, d’autant plus si nous devions avoir recours à un distributeur intermédiaire.
Atelier EXTRAMUROS a fait le choix de ne pas avoir de produits en stock et fonctionne uniquement à la commande. Le processus demande un petit effort de patience (4 à 6 semaines), de projection et de confiance.

SW : Comment se passe 2020 pour Atelier EXTRAMUROS ?

J : 2019 a été une belle année pour l’atelier avec un chiffre d’affaires d’environ 325 000 euros. C’était probablement une des meilleures années depuis 2012.
Etonnamment, 2020 a commencé mollement. Le confinement n’a donc pas empiété sur les timings de production. L’arrêt a permis aux fonctions supports de construire les projets et finalement d’être capables de lancer, dès la reprise, une grande table de conseil (21 personnes) pour le groupe Adecco, et l’emménagement d’une pépinière d’entreprises et d’entrepreneurs sociaux pour La Ruche Saint-Germain, à Saint-Germain en Laye.
Pour autant, je crains que le second semestre très enthousiasmant ne permette pas de rattraper le premier ; même si cela faisait partie de nos ambitions.

Julien : combiner upcycling et insertion
« Pour la première fois dans notre histoire, la demande est plus forte que notre capacité à produire. »

SW : Justement, quels sont les projets de l’atelier ?

J : Pour la première fois dans notre histoire, la demande est plus forte que notre capacité à produire. Les équipes et l’outil de production doivent grossir et avec ceux-ci, l’espace. Nous prévoyons de mieux aménager les locaux, et éventuellement la création d’un deuxième atelier à Gennevilliers.
Ici, nous sommes au plus proche du « gisement de matière ». Nous avons mis notre atelier dans un centre de tri Véolia, dont les déchets servent nos créations. C’est un avantage concurrentiel et cela minimise notre impact carbone.
Le Fonds de Développement pour l’Insertion (FDI) permet d’aller chercher des financements. Aussi, nous avons adressé une demande de plan garantie par l’état à hauteur de 80 000 euros. Enfin, la région est plutôt favorable aux travaux d’amélioration, des subventions complémentaires devraient être possibles. Généralement, les délais d’attribution sont courts : entre 1 et 3 mois entre la demande et l’attribution de la subvention.

SW : Quelles sont les compétences et les qualités qui font les bons créateurs de valeur aujourd’hui ?

J : Ce sont des qualités que je perçois souvent dans les entrepreneurs qui m’entourent : l’ambition, l’audace mêlée à une belle gestion du risque, dont je suis admiratif, et le leadership/charisme qui permet de fédérer autour des projets (investisseurs, collaborateurs, et même communauté).

SW : Sommes-nous tous des colibris au sens de Pierre Rabhi ?

J : J’adore cette question ! Hélas, nous ne le sommes pas tous encore. Certains individus et entreprises ne font pas leur part pour que la planète et la société aillent mieux. La bonne nouvelle est que nous pouvons tous en devenir ! La tendance est plutôt bonne et me rend optimiste. Les entreprises s’engagent dans l’impact positif et la génération des trentenaires s’empare entièrement de ces sujets ; vous êtes une génération formidable !

SW : Qui sont ceux qui t’inspirent ?

J : Le premier est un vrai ami : Clément Alteresco. Il a créé Bureau à Partager et au sein de celui-ci, Morning (un réseau d’espaces de co-working). L’atmosphère qu’il a su insuffler, me fascine au-delà de sa rapidité de développement. La communauté est forte et ouverte sur le monde. Quand je parlais d’ambition et d’audace, Clément en est une illustration. En plus, il a su garder une belle simplicité.
Le second est Jean Moreau, de Phenix qui fait le relais entre les acteurs de la grande consommation et les consommateurs, les associations bénévoles ainsi que les parcs animaliers. Avec sa communauté, ils ont sauvé plus de 60 millions de repas depuis 2014, j’en suis admiratif.

SW : Et enfin, peux-tu compléter la phrase suivante
« Aujourd’hui plus que jamais, je… » ?

J : Aujourd’hui plus que jamais, devenons tous des colibris ! Je crois beaucoup en la puissance des entreprises, et des individus qui les composent.

Julien : combiner upcycling et insertion

Crédit photos : @Atelier EXTRAMUROS
Plans de simulation de la pépinière pour La Ruche Saint-Germain, à Saint-Germain en Laye
Photo de la table de conseil de 21 personnes pour Adecco.

Julien Richardson www.atelier-extramuros.com