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ESG Impact Epargne Cosmétiques

Benjamin : agir avec impact, seul et collectivement

PAR Benjamin Brunschwig-Quilichini
22 octobre 2020 — Temps de lecture : 7 mn
Depuis qu’il est sorti d’école, il y a 12 ans, Benjamin Brunschwig-Quilichini pense que le développement durable et le digital vont façonner notre époque. Actuellement, directeur de marques dans un grand groupe cosmétique, et entrepreneur, il se lance dans l’impact positif avec un projet engagé et engageant. Colibri au sens de Pierre Rabhi, il raconte l’importance d’agir avec impact, à son échelle.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Qui es-tu ? Que fais-tu ?

B : Je m’appelle Benjamin, j’ai 37 ans, et je suis depuis tout récemment le papa d’un petit Jean. Je suis Pongiste, je pratique le tennis de table en compétition avec le club Paris 17.
Professionnellement, je suis directeur de marques chez L’Oréal Luxe France pour les parfums Atelier Cologne, Viktor & Rolf et Maison Margiela.

En parallèle, en 2016 avec un collègue et ami, nous avons monté FYU, marques de chemises pour hommes fabriquées en France. Nous venons de revendre la marques pendant le confinement au champion français de l’accessoire chic : le Colonel (ex Colonel Moutarde : nœuds papillons, cravates, pochettes, bretelles etc.). Ils souhaitaient se lancer dans les autres pièces du vestiaire masculin et nous souhaitions donner un nouveau souffle à FYU avec une structure plus solide et installée. Les synergies en termes de frais de gestion, de logistique, de publicité et de distribution vont permettre de baisser le prix de la chemise de 130€ à 95€ sans toucher à la qualité Made in France !

Et puis, je m’investis également dans JUST, un action tank, un collectif à but non lucratif, un groupe d’activation qui se démarque des groupes de réflexions (think tank). Convaincus que l’état de l’art sur la réinvention du travail pour un impact plus positif des organisations existe déjà, nous souhaitons nous concentrer sur l’accompagnement des managers et des collaborateurs dans l’activation. Nous les inspirons via des exemples concrets et les aidons sur les notions de raison d’être, de performances, de mesures d’impact au sens Responsabilité Sociale des Entreprise (RSE), etc.

SW : Etes-vous déjà en train de l’expérimenter au sein d’une organisation ?

B : Nous l’expérimentons autour d’un thème : la confiance, dans le cadre particulier du télétravail. C’est une notion clé, mise à rude épreuve dans l’actualité récente du confinement. Nous sommes en train de construire les premières modalités : des rencontres improbables, entre un philosophe et un syndicaliste par exemple, qui tous les 2 travaillent le sujet mais sous un angle différent ; et surtout, des exemples de pratiques (succès et échecs).

SW : JUST devrait rencontrer Benjamin Brion de MoodWork qui élabore et implémente les outils pour accompagner au quotidien les collaborateurs dans leur démarche de bien-être.

B : Il pourrait participer à une rencontre improbable. N’hésitez pas à dropper un email ! (rires)

SW : Justement, qu’est-ce que 2020 a durablement changé ?

B : L’organisation du travail a été modifiée. Des grands groupes américains ont annoncé un télétravail complet jusqu’à l’été 2021. Face à eux, il y a des entreprises françaises dans lesquelles le télé/flex travail est beaucoup plus restreint. Tous les collaborateurs ne sont pas logés à la même enseigne, et cela me fait questionner la durabilité du phénomène. Concernant la santé, il y a une prise de conscience et de parole sur le sujet. La crise a été un accélérateur, dans un contexte de signaux faibles déjà existants.

« Il y a très souvent un amalgame flagrant qui est fait entre naturalité, environnement et santé. »

SW : Et dans l’industrie cosmétique ?

B : Dans la beauté, le thème de la santé et de l’impact environnemental est sur la table depuis une dizaine d’années. Dans le parfum, les lignes sont en train de changer : l’accent est mis sur les composants et les matières premières, en plus des flacons rechargeables. Hélas, très souvent, un amalgame flagrant est fait entre naturalité, environnement et santé. Ce n’est pas parce que les produits sont naturels qu’ils sont meilleurs pour la santé !
Côté environnement, ces produits sont d’autant plus menaçants qu’il utilisent les ressources naturelles disponibles. Le sourcing est crucial, et le sujets complexe car les greenwashing, healthwashing ou missionwashing ne sont jamais loin…
Mais globalement les lignes sont en train de bouger. Le groupe L’Oréal vient par exemple de passer au second volet du programme « Sharing beauty with all » initié en 2013, portant sur la réduction de l’impact environnemental, avec l’ambition d’embarquer tous les partenaires et d’amorcer un impact sociétal positif avec une nouvelle phase nommée « L’Oréal for the future ».

SW : Quels sont tes projets au sens large ?

B : Pour l’aspect pratique des choses, j’ai le projet de changer de véhicule. Quand on est 3, la petite Smart atteint ses limites ! (rires) Nous passons à un véhicule électrique. C’est le sens de l’époque, c’est du confort au quotidien mais ce n’est pas la solution miracle : l’émission des particules fines d’un véhicule provient pour moitié du moteur et pour autre moitié, des plaquettes de freins et des pneus. Avec l’électrique, on garde les 2 derniers. Et puis il faut considérer l’entièreté du cycle de vie, de la production à la fin de vie. Coté émission de CO² en revanche ce n’est pas mal !

Le projet familial évidemment, accompagner notre fils, notamment sur ce moment crucial que sont les 6 premiers mois de la vie dont j’ai la conviction personnelle qu’ils déterminent beaucoup de choses pour la suite.
Sans être neurologue ni pédopsychiatre, je suis convaincu que les émotions et l’éveil de la très petite enfance impactent fortement le caractère et le rapport au monde d’une personne pour le reste de la vie.

Coté entreprenariat : laisser FYU prendre son envol avec le Colonel en les accompagnant un peu au début ; et donner du temps à JUST pour faire décoller le projet.

Coté professionnel, j’ai maintenant envie d’un alignement plus fort entre mes aspirations profondes et mon job au quotidien. J’espère que je pourrai trouver des opportunités chez l’Oreal dans ce sens. Je commence les démarches on verra bien !

Enfin des projets d’immobilier locatif pour se préparer des revenus et des filets complémentaires.

SW : As-tu toutes les cartes en main pour réussir ?

B : Tout ne dépend pas que de moi, mais chaque individu doit essayer de travailler sur son impact à son niveau. Et puis on peut aussi pousser pour des dynamiques plus collectives en s’investissant dans son entreprise, dans une association, une action citoyenne, ou dans la politique etc.

« Quand je suis sorti d’école en 2006, je voulais déjà faire du développement durable et du digital, parce que j’avais l’impression que cela façonnait l’époque. »

SW : La théorie du colibri ?

B : Des éléphants peuvent me dire « Comment peux-tu agir sur l’incendie avec ton petit bec ? ». Je fais ma part. Quand je suis sorti d’école en 2006, je voulais déjà faire du développement durable et du digital, parce que j’avais l’impression que cela façonnait l’époque. Aujourd’hui, plus encore, j’ai la conviction de vouloir agir pour l’impact positif. Je n’ai pas envie de me réveiller dans 15 ans en me disant que je ne me suis pas donné à 100% pour mes convictions.

SW : Dans les grandes lignes, comment se structure ton portefeuille d’épargne ?

B : Elle est très simple : une partie est déléguée à mon entreprise, l’autre est menée par mes soins.
D’abord, le plan d’épargne entreprise, avec participation/intéressement et plan d’actionnariat salarié. Là, je délègue la responsabilité. Je suis conscient qu’une partie de mon argent est ventilé en Bourse par des experts mandatés par mon employeur.
Il y a une autre partie, qui est placée en immobilier que je gère moi-même. Ces investissements sont concrets, tangibles et je les maitrise bien mieux.

SW : Quelles sont les compétences et les qualités qui font les bons créateurs de valeurs ?

B : Les valeurs financières, sociales, environnementales et humaines ne doivent plus être dissociées. Il faut avoir une vision plurielle de la valeur, de la performance, et du profit. Mesurer son impact est fondamental. C’est le sens premier de la notion de responsabilité, qui doit absolument marquer notre époque.

SW : Quels initiatives ou parcours de vie t’inspirent ?

B : Entendre la narration d’un parcours d’anonyme qui a changé de vie m’inspire toujours. A un moment donné, il.elle a le courage de saisir ou de créer une opportunité de prendre son destin en main. La grande majorité d’entre nous ne faisons que suivre le chemin du conditionnement dans lequel nous avons été placés.
Aussi, les personnes qui travaillent au service du vivre ensemble m’inspirent. Par exemple, Jean-Dominique Senard, patron d’industrie et Nicole Notat, directrice de syndicat, qui ont réfléchi ensemble à l’impact de l’entreprise dans la société et ont co-rédigé un rapport qui est à l’origine de la loi PACTE.
Dans un autre registre, le journaliste culturel Augustin Trapenard m’inspire beaucoup, j’aime la façon dont il traite l’actualité culturel, sur France Inter et ailleurs, j’aime la façon dont il en fait souvent, avec humour et détachement, un sujet de société.
Je pourrais aussi vous parler du navigateur Romain Pilliard et de son projet Use It Again ou encore de l’apnéiste Guillaume Nery avec qui j’ai eu la chance de travailler.

SW : Et enfin, peux-tu compléter la phrase suivante :
« Aujourd’hui plus que jamais, je veux… »

B : Mieux maitriser mon temps pour plus de moments de qualité. Je suis un peu « un lent sur la file de gauche » ! (rires)
Et continuer à jouer au tennis de table, tout en évitant de me reprendre une raclée comme récemment contre le club du Kremlin-Bicêtre lors de la reprise post-confinement !

Benjamin : agir avec impact, seul et collectivement