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Tourisme ESG Business Model Entrepreneuriat

Géraldine : développer le slow-tourisme

PAR Géraldine Boyer
11 septembre 2020 — Temps de lecture : 4 mn
Géraldine Boyer connaît le monde ; elle a vécu en Australie, en Malaisie avant de poser ses valises à Bordeaux en France. Cette experte du tourisme de luxe anticipe les envies. Il y a un an, elle s’est tournée vers le slow-tourisme engagé. Avec Parcel, elle crée des séjours dans une ‘tiny house’ (micro-maison), éco-responsable et entièrement conçue en France. Une cabane par lieu, pour singulariser l’expérience.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Que représente 2020 pour toi ?

G : Nous connaissons un changement économique et sociétal énorme. Mais 2020 est bientôt finie, il convient d’anticiper 2021. Ce sera, j’en suis sûre, une bonne suite… Nous allons transitionner vers des modes de consommation plus responsables, un engagement plus fort, et la prise de conscience globale est une évidence. Les changements sont fondamentaux pour la population française comme internationale.

SW : Quand est né ton projet Parcel ?

G : Après 7 ans en Australie, je suis revenue touriste dans mon propre pays. J’ai eu des difficultés à trouver un concept éco-responsable et ancré dans les valeurs du terroir et de la gastronomie. Alors j’ai décidé d’inventer le segment en France !
J’avais anticipé 10 mois de mise en place. Avec la Covid-19, cela a duré un peu plus d’un an…

SW : Se lancer en pleine crise sanitaire, quel challenge !

G : Nous avons ouvert le 20 août. J’ai eu la chance de pouvoir repousser l’ouverture, et ne pas être dans la situation des petits commerces qui ont directement souffert du confinement.
Pendant celui-ci, j’ai failli tout arrêter.
Tant de questions : est-ce que cela vaut vraiment la peine ? Est-ce que l’économie va repartir ? est-ce que le tourisme ne va pas souffrir durablement ? etc.
J’ai la sensation que le projet Parcel est en ligne avec les changements qui s’opèrent actuellement. Il s’inscrit dans le post Covid-19 et dans les nouveaux modes de consommation. J’ai revu mon plan de développement pour une orientation plus nationale voire territoriale. Sans vouloir me prononcer trop vite, le taux d’occupation est prometteur pour l’arrière-saison.

SW : Quels sont les investissements pour une ‘tiny house’, éco-responsable ?

G : Une micro-maison, d’environ 15m², pour une capacité de 2 personnes adultes, avec équipement de cuisine et de salle de bain, coûte entre 45 et 50 K€ HT. Le principe est d’offrir un écrin de nature rien que pour soi. Parcel se démarque des éco-lodges avec des habitats insolites qui se succèdent. Pour l’instant, j’ai financé une cabane unique. L’ambition à moyen-terme est d’en avoir 6 dans différentes régions de France. Pour les sélectionner, je regarde la beauté du lieu, l’accessibilité et le terroir. Saint Emilion, avec ses superbes vins, était le parfait point de départ !

Géraldine : développer le slow-tourisme

SW : Comment l’as-tu financé ?

G : En apport personnel (30%) et en emprunt bancaire sur 7 années. Je regarde d’autres sources de financement pour les prochaines maisons. Levée de fonds, crowd-funding ou love-money…. je n’exclus aucune piste pour le moment. J’imagine me rémunérer d’ici la fin de 2021.

SW : Penses-tu avoir toutes les cartes en main pour réussir tes ambitions pour Parcel ? et tes projets personnels ?

G : Aujourd’hui, je suis seule à mener ma barque ; il me manque une équipe et des financements. Je suis sereine pour l’avenir mais je souhaiterais m’entourer dès 2021. Je recherche des expertises complémentaires. Le proof of concept (ndlr : version alpha du produit, qui permet de tester une idée en méthodologie agile) va m’aider à hiérarchiser les besoins, entre les opérations, le développement produits et les finances avec les potentielles levées de fonds futures.

Géraldine : développer le slow-tourisme

SW : Par ailleurs, es-tu propriétaire ?

G : Ma voiture, achetée hier, est ma première acquisition (rires) ! J’y ai pensé plusieurs fois quand j’étais dans une situation stable, mais investir dans l’immobilier en France quand tu vis à l’étranger, n’est pas simple. Il faut trouver une personne qui te représente pour les visites, il faut se projeter dans la tête des futurs locataires sans vivre dans la ville etc. Et en Australie, la réglementation fait qu’il est impossible d’acheter si tu n’es pas résident permanent. C’était la grande question quand j’ai eu 30 ans ! Mon conjoint m’a dit « tu n’as pas acheté un appartement, mais tu as acheté une tiny house » (rires).

SW : Est-ce que tu arrives à épargner ?

G : Je n’ai pas de retraite française, il faut que je construise de l’épargne. Justement, je suis en train d’y réfléchir. C’est un peu le bazar, parce qu’il y en a dans plusieurs pays (Australie et Malaisie). J’essaie d’anticiper le taux de change ; pas simple, entre la Covid-19 et le Brexit !

SW : Quelle importance alloues-tu aux critères ESG ?

G : Je sors de 9 mois d’incubation à la Ruche Bordeaux, qui est spécialisée dans l’ESS (ndlr : économie sociale et solidaire). J’ai été lauréate du programme des Audacieuses, qui valorise l’entrepreneuriat au féminin. J’ai été formée à l’impact ; pour moi, c’est fondamental.
Parcel a été créée autour de vraies valeurs, et je m’engage à développer une relation durable et juste avec les agriculteurs avec lesquels je travaille. Les cabanes sont auto-suffisantes, le sucre et le café sont bios, les produits d’accueil éco-certifiés etc. Pour l’équipement et les matières, nous avons privilégié le « made in France » ; mais tout n’est pas possible. Un exemple tout simple : je voulais des draps en lin car la matière demande moins d’eau que le coton au moment de la production. Malheureusement, les blanchisseries professionnelles n’en n’ont pas encore.

SW : L’économie et la finance ont-elles un rôle à jouer dans la transition
ESG ?

G : Absolument ! Aujourd’hui, il y a un manque de clarté et de transparence. Pourtant, il y a une vraie opportunité d’économie verte.
Je suis convaincue qu’il y a des processus à réinventer et des manières de financer qui sont plus justes et durables. Il existe des outils, des reportings et analyses pour s’éduquer sur le sujet mais les choix restent limités. Par exemple, un.e entrepreneur.e qui cherche un investissement se tourne généralement vers les banques ou les fonds d’investissement classiques. Mais cela change progressivement....

SW : Et enfin, peux-tu compléter la phrase suivante ?
« Aujourd’hui plus que jamais, je veux… »

Développer un tourisme responsable et durable. Arriver à éduquer les clients et les sensibiliser. A mon échelle, le monde changera avec des petites choses que chacun.e fera.

Crédit photo et vidéo : Parcel

Géraldine Boyer www.parceltinyhouse.com