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Entrepreneuriat Famille Club d’investissement

Arnaud et le club des investisseurs épicuriens

PAR Arnaud de Warren
27 août 2020 — Temps de lecture : 6 mn
Charmant, diplomate, curieux, Arnaud de Warren est le gendre idéal. Forcément, il est bien entouré : par son épouse enceinte de 6 mois, par 7 amis d’école de commerce spécialisés en ingénierie financière et/ou entrepreneuriat. Ensemble, ils ont monté un club d’investissement privé : Le Bouyon Club. L’idée est née lors d’un déjeuner au restaurant « le Bouillon Pigalle ». Il partage avec nous le menu de son année 2020, entrée – plat – dessert.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Que représente 2020 pour toi ?

A : 2020, c’est l’année du changement ! C’est tout d’abord l’année où je deviens papa, et celle où je quitte le confort du salariat pour me lancer dans l’inconnu complet...

SW : L’entrepreneuriat, est-ce un état d’esprit chez toi ?

A : J’ai été formé à cela, en mastère spécialisé à L’EM Lyon. Je ne peux pas parler d’entrepreneuriat, sans parler de mon ami Thibaut Mallecourt. J’ai collaboré avec lui à l’époque au lancement du projet SoWeTrip : un site internet proposant des programmes de voyages communautaires et personnalisés en fonction des goûts des utilisateurs (amateurs de plage, de soirées, de musées etc.). A l’époque, les voyages low cost étaient en plein boom. Thibaut y passa 3 années pendant que je commençais ma carrière en finance. Le projet a connu un joli succès et fut racheté par Easy Voyages.
Puis, mon parcours professionnel m’a amené à faire de l’intrapreneuriat pour une grande Maison de maroquinerie française. Grosso modo, c’est de l’entrepreneuriat avec la pression du banquier en moins (rires) !
Avec Thibault, nous continuons de nous suivre ; il fait partie de notre club d’investisseurs récemment créé : Le Bouyon Club.

« Avec mes amis, la trentaine passée, nous multiplions les moments de convivialité. Nous nous retrouvons régulièrement autour de déjeuners que nous animons par des thématiques professionnelles. »

SW : Qu’est-ce que Le Bouyon Club ?

A : Avec mes amis, la trentaine passée, nous multiplions les moments de convivialité. Nous nous retrouvons régulièrement autour de déjeuners que nous animons par des thématiques professionnelles. Rapidement, des intérêts communs ont été identifiés : l’art, l’immobilier et les spiritueux. La parole libre a permis de pointer le gros blocage à nos investissements individuels : le temps et le montant de départ. En nous associant, en étant 8, tout devient plus simple ; on peut tout diviser et se partager les responsabilités.
Sous l’impulsion de Norman Jost (Fondateur de Zodiac Capital Finance) nous créons le Bouyon Club. Le principe est simple : tous les mois nous injectons des fonds et nous investissons dans des projets à la hauteur des disponibilités du compte-courant. Occasionnellement, nous pouvons faire des apports en compte-courant d’associés pour les investissements plus importants. Nous achetons des œuvres d’art dans une optique de long-terme grâce à un advisor qualifié, ou dans une perspective plus court-termiste sur des œuvres achetées au prix atelier ou dans le cadre d’une succession, par exemple.
Nous plaçons également dans des fonds immobiliers, qui construisent des bureaux pour des sociétés en très bonne santé et qui préfèrent louer avec des baux fermes de 12 ou 15 ans (charges vs investissements).
Nous « bouyonnons » entre copains ! Le club est fermé pour conserver cette dynamique positive et amicale.

SW : Le fait d’être 8 est-il une difficulté ?

A : Ce n’est évidemment pas toujours facile car nous avons tous nos priorités personnelles et professionnelles. Nous essayons de créer des sous-groupes avec des leaders. Par exemple pour l’art, pour les 6 prochains mois, il y aura 3 leaders qui seront décisionnaires pour les reventes. Par contre, pour les achats, tous les associés doivent voter et le suffrage doit remporter au moins 6 voix sur 8 pour être validé.

« J’ai aujourd’hui l’ambition de créer une solution française de location de fût en inox pour permettre aux brasseurs de conserver leurs capacités d’investissement. »

SW : Peux-tu nous parler de ton entreprise en création ?

A : Le projet est né lors d’une session Bouyon Club. Antoine, un des membres du club, qui dirige une société familiale de distribution de boissons, avait cité le cas exceptionnel du marché des fabricants de bière. En France, avant la crise, plus d’une micro-brasserie était créée par jour. Dans ce secteur, l’outil de production coûte très cher, entre 400 et 500 000 euros et il faut encore investir au moins 50 000 euros dans des fûts en inox pour stocker la bière. Pour limiter cette « fuite en avant » des investissements certains choisissent l’option plus économique des fûts en plastique, malheureusement néfastes pour l’environnement. J’ai aujourd’hui l’ambition de créer une solution française de location de fût en inox pour permettre aux brasseurs de conserver leurs capacités d’investissement. Ce service existe dans une grande partie du monde sauf en Europe, hors UK. Il y a donc un vrai marché à prendre en transposant le schéma. Et je compte bien le prendre !

SW : Comment prévois-tu de financer cette entreprise ?

A : C’est un vrai projet entrepreneurial, certains membres du Bouyon Club me suivent et rentrent au capital, en plus des parts en minoritaire du Club. Mais puisque je mets déjà mon chômage sur la table, je ne peux malheureusement pas injecter le capital nécessaire à l’amorçage. J’ai donc débuté une levée de fonds ainsi qu’un financement par de la dette bancaire. Comme nous sommes sur une société de service avec un aspect industriel, cela rassure les banques. A l’inverse d’une start-up, les produits dans lesquels elles investiront ont une réalité et une durée de vie.

SW : Quelle est ton expertise financière ?

A : Avec mes expériences en corporate (Annick Goutal, Chanel et autres), je suis devenu un très bon directeur financier intégré à un Groupe. J’ai toujours été bien entouré.
Ma qualité d’investisseur à titre privé est moins marquée. Mon épargne salariale est structurée en plans de participation et d’intéressement, qui sont bien placés. Depuis le début, j’ai quelques actions sans être un grand boursicoteur. Par exemple, avec la Covid-19 j’aurai dû avoir le réflexe de liquider une partie de mon portefeuille, d’attendre un peu puis de racheter… mais évidemment je ne l’ai pas fait !
Je suis plutôt un épargnant qu’un investisseur, avec une assurance retraite, un PEL, un PEA, un compte-titre… et de l’immobilier, je suis propriétaire en indivision des murs d’une boutique.
Mon chômage ne me permet pas aujourd’hui de mettre de côté. J’épargne donc via les rendements et des adaptations/arbitrages. Mon Livret A me rapporte peu, moins d’1% l’année dernière, de mémoire. Alors, j’ai organisé un retrait mensuel pour mes cotisations Bouyon Club. Une sorte de transfert de typologie d’épargne, depuis un support très sécurisé vers des investissements plus risqués.

SW : Qu’est-ce qui fait un bon entrepreneur, un bon créateur de valeur, aujourd’hui ?

A : Entreprendre, c’est une manière différente d’aborder le monde professionnel. Chaque entrepreneur doit mettre ses tripes sur la table, et s’impliquer durablement même quand le démarrage est long. On est responsable de sa création de valeur.
Pour moi, le plus important reste la famille. A-t-on autour de soi les soutiens nécessaires ? Est-ce que son.sa conjoint.e est prêt.e à renoncer pendant un temps à son confort de vie ? Est-ce que ses enfants sont prêts à limiter les sorties ? Quand j’ai eu envie d’entreprendre, la première décision a été de consulter mon épouse pour savoir si elle acceptait de me soutenir.

SW : Quels ont été ses retours ?

A : Elle m’encourage à 100%. Elle pense surtout que je risque d’avoir des remords si je ne me lance pas. Le fait de devenir papa n’est pas une mince affaire, mais mon statut d’entrepreneur va m’apporter de la flexibilité. Je pourrai travailler depuis la maison, le jour où le bébé sera malade par exemple. Je deviens le seul responsable de mon agenda.

SW : Et enfin, peux-tu compléter la phrase suivante
« Aujourd’hui plus que jamais, je veux… »

A : M’épanouir davantage. Je ne fais les choses que dans ce but. Aujourd’hui, le professionnel et le personnel se mélangent : avoir ma société s’apparente à un enfant dont il faut s’occuper au quotidien et faire grandir. Dans mon cas particulier, je vais donc avoir des jumeaux (rires) !

Arnaud de Warren my-fut.fr