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Éducation Épargne Scolarité

Gaëlle : le rêve américain à la française

PAR Gaëlle Pinault
21 août 2020 — Temps de lecture :4mn
Gaëlle Pinault a 20 ans et vit à Chicago, à plus de 6 500 km de sa famille. « Je suis partie à la conquête du rêve américain et d’une éducation moins contraignante, avec un champ des possibles plus large qu’en France. » Elle raconte l’envers du décor des campus américains, en dépeignant les coûts réels et les inquiétudes des étudiants étrangers autour des arbitrages politiques post Covid-19. Un témoignage not « lost in translation ».
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

SW : Que représente 2020 pour toi ?

G : Beaucoup de stress et d’incertitude ! Cela fait 3 ans que j’étudie à l’Université de Chicago. Actuellement, je suis un bachelor en ‘Business Economy’ (ndlr : économie avec une spécialisation en affaires internationales) avec une mineure en littérature romantique.
Dans le contexte de la Covid-19 ; je me suis retrouvée seule à Chicago : mes colocataires et plus des 3 quarts des étudiants étaient rentrés chez eux et ma famille était à des milliers de kilomètres de ma famille. Ensuite, il y a eu la tentative du président Trump de déporter (ou retirer) les visas aux étudiants étrangers suivant des cours en ligne. Avec la distanciation sociale, tous les établissements s’étaient tournés vers l’alternative de la dématérialisation. Le doute autour de cette initiative politique, a été une grande source d’angoisse.
Et puis, il y a l’avenir : la perspective de chercher un emploi dans un pays où les étrangers ne sont pas les bienvenus et où le gouvernement a pris la décision de ne délivrer aucun permis de travail pour les 6 prochains mois. Bref, nous sommes loin du rêve américain (rires) !

SW : Aujourd’hui, quels sont tes projets ?

G : Finir ma dernière année universitaire et travailler 2 ou 3 années aux Etats-Unis avant d’y faire un MBA. L’option d’un retour en France demeure, dans le cas où les choses deviendraient trop compliquées. Ma priorité est d’y voir plus clair ! Pour le moment mon horizon se limite à cela.
J’ai la chance d’avoir une famille qui me soutienne et finance mes études. Cela enlève un énorme poids de mes épaules.

SW : Quel est le coût réel d’une scolarité américaine ?

G :D’après les chiffres officiels, il faut compter en moyenne 100K$ pour 4 années d’études à l’université de Chicago, incluant l’assurance-santé et la carte de transport. Mais, les étudiants étrangers sont le gagne-pain des universités car ils payent « plein pot ». Uchicago (ndlr : l’université de Chicago) est en passe d’augmenter ses frais de scolarité. Ma troisième année, je ne vivais plus sur le campus ; les frais de scolarité étaient de 63 k$. Avec le coût de la vie, cela représente 100 k$ par an, soit presque un demi-million pour 4 années d’études !

Gaëlle : le rêve américain à la française

SW : Et quel est le coût d’un MBA ?

G : Il varie selon les établissements. Au sein de Uchicago, il faut considérer 110 K$ annuellement pour un MBA ‘full-time’, qui dure 2 ans. La plupart des américains tentent de faire financer ce projet par leur employeur. Globalement, il y a un vrai système de bourse et de soutien. Cette différence entre auto-financement ou ‘sponsoring’ peut faire naître un clivage entre les internationaux aisés et les nationaux.

« Même si nous avons 40 années de vie active à venir, il faut commencer à épargner. »

SW : Comment épargnes-tu aujourd’hui ?

G : Le réflexe de remettre à plus tard est trop largement répandu. Même si nous avons 40 années de vie active à venir, il faut commencer à épargner. Actuellement, je n’ai ni projet immobilier ni gros investissement prévu ; j’anticipe demain et je suis certaine que je serai ravie d’avoir mis de côté quand le moment sera venu. Mes économies s’élèvent à 30K€ placés en livret jeune, livret A, et actions.

SW : Existe-t-il des différences notables entre la finance française et l’américaine ?

G : Oh oui (rires) ! Au niveau de l’épargne, les américains font beaucoup plus d’efforts que nous. Le gouvernement offre moins d’aides, la sécurité de l’emploi est plus fragile, le programme de santé publique est minime… Il y a donc une pression à l’épargne, favorisée par des salaires plus élevés qu’en hexagone. D’ailleurs, dans les mentalités locales, ils voient la retraite, la santé, l’éducation etc. comme des investissements à long terme et non de l’épargne stricto-sensu.
Pourtant, la réalité est en contradiction avec le principe macro-économique. J’ai le souvenir d’une étude qui démontrait que 40% de la population américaine ne serait pas capable de subvenir à une urgence qui nécessiterait 400$ en cash.
Les Etats-Unis sont aussi un pays très libéral comparé à la France. Il est plus facile de lever des fonds et faire des emprunts avec des options comme les payday loans (ndlr : crédit de court-terme dont les intérêts dépendent de la qualité de l’emprunteur). Les américains sont largement plus enclins à prendre des risques !

SW : Comment qualifierais-tu ton expertise financière ?

G : En cours de construction (rires) ! Elle n’est pas mauvaise et je pense avoir de bonnes bases en comparaison à une grande majorité de la population américaine ou française. Je veux en faire une spécialité pour la suite de mes études. Il me manque surtout de la pratique. A 20 ans je n’ai pas encore eu le temps de me confronter à beaucoup de cas concrets.

Gaëlle : le rêve américain à la française
Gaëlle Pinault