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SPAC Bourse Etats-Unis Investissement

SPAC : le nouveau moyen d’investir en Bourse qui a séduit Jay Z

PAR Aude Boutard
22 juin 2021 — Temps de lecture :4mn
Si l’on pensait innocemment que la frénésie des SPACs en Europe était déjà finie, avant même d’avoir commencé, l’annonce le 20 mai 2021 d’un lancement par le groupe Accor d’un SPAC dans le secteur de l’hospitalité, ayant vocation à être introduit sur Euronext Paris, a relancé les discussions et l’intérêt des investisseurs européens pour cet instrument financier originaire des Etats-Unis. Là-bas, les « Special Purpose Acquisition Company » sont déjà largement implantés (97 milliards d’euros levés au premier trimestre 2021 aux Etats-Unis). Le New-York Times écrivait d’ailleurs que les financiers connaissaient plus d’investisseurs avec un SPAC que de personnes positives à la Covid-19. Véritable alternative aux introductions en bourse traditionnelles pour les uns, simple bulle spéculative pour les autres, que se cache vraiment derrière ce phénomène et celui-ci pourra-t-il durer sur les marchés des capitaux ?
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Le SPAC : simple « chèque en blanc » ?

Le SPAC (Special Purpose Acquisition Company) est un véhicule d'investissement ad-hoc créé pour lever des capitaux par le biais d’une introduction en Bourse afin d’acquérir des actions de sociétés non-cotées et de les rendre publiques au moyen d'une fusion avec le SPAC.

Sans activité opérationnelle propre, le SPAC dont les titres sont émis sur un marché boursier a parfois été appelé « chèque en blanc » puisque les fonds sont mis à disposition de la cible, avant même l’identification de la cible (« Business Combination » pour les experts). Pourtant les SPACs apparaissent désormais comme une alternative sérieuse au Private Equity ou aux IPOs [ndlr : Initial Public Offering (IPO), ou introduction en bourse en français correspond à la cotation des actions d’une société sur un marché boursier] si bien qu’ils sont aujourd’hui considérés comme « une troisième voie » pour lever des capitaux. Pour les entreprises, les avantages sont en effet multiples :

  • un coût d’introduction en Bourse plus faible,
  • un processus plus rapide (3-4 mois contre entre 12 et 28 mois pour un processus classique d’IPO) et moins réglementé que le circuit traditionnel, avec un ensemble d'investisseurs sélectionnés déjà en phase avec le projet avant le lancement de la prise d’ordres et des partenaires expérimentés du côté du SPAC.

Certains SPACs offrent également aux investisseurs, achetant des titres du SPAC dans le marché, la possibilité de se faire racheter leurs actions au moment de l’identification de la cible, sous condition.

Aussi, le SPAC est devenu un élément incontournable des marchés boursiers américains pour tous les investisseurs au cours des 20 dernières années. Balbutiant en France, ce phénomène a été incarné par des noms reconnus (Xavier Niel, holding de la Famille Arnault, etc.) ce qui a contribué à sa médiatisation et sa notoriété, mais son manque de transparence rend certains plus réticents. Peut-on imaginer un développement des SPACS en Europe similaire à celui qu’ont connu les Etats-Unis ?

« A l’instar du rappeur Jay-Z, les grandes fortunes semblent toutes vouloir lever de l’argent à leur tour en créant leur propre SPAC. »

Tendance de long terme ou bulle spéculative ?

A l’instar du rappeur Jay-Z, les grandes fortunes semblent toutes vouloir lever de l’argent à leur tour en créant leur propre SPAC. Elles pèsent près de la moitié des introductions en bourse cette année ! Selon la firme Dealogic, 875 offres publiques initiales ont eu lieu depuis janvier, pour un montant de 230 milliards de dollars.

L'investissement dans une SPAC offre plusieurs avantages potentiels, notamment un accès plus facile à l'investissement en capital-risque, une protection contre le risque baissier (grâce au warrant), la perception d'intérêts via le trust et des gains potentiellement illimités. A ces opportunités sont attachés des risques significatifs :

  • L’urgence des timings : le délai de prescription de 2 ans pour identifier les cibles peut parfois générer une précipitation et donc des arbitrages limitant les gains effectifs.
  • La qualité de l’équipe de gestion : le développement des SPACs s’accompagne d’une hétérogénéité des acteurs. Les expertises et les compétences peuvent varier, il est important de les choisir avec soin.
  • La valorisation : une SPAC d’acquisition d’entreprise peut émettre des prévisions sur 5 ans, aussi certains questionnent la fiabilité des prévisions.

En regardant de plus près l’historique américain, force est de constater que les performances ont été fortement disparates selon le ratio opportunités-menaces, le stade dans le cycle de vie, la qualité des fonds disponibles avant la fusion et l'attrait des sociétés visées pour les SPACs.

D’ailleurs, de nombreux experts ont accueilli positivement la baisse moyenne de valorisation (-20%). Pour eux, cela signifie que les excès sont calmés faisant des SPACs une alternative sérieuse et pérenne aux IPOs ou au Private Equity, et non plus un simple instrument financier spéculatif a forte volatilité.

L’influence des Etats-Unis vers l’Europe n’a pas été aussi forte qu’attendue. A titre de comparaison, alors que 300 SPACs se sont introduits en bourse aux outre Atlantique au 1er trimestre 2021, seuls 4 véhicules se sont cotés sur la même période en Europe.
Selon nous, plusieurs explications peuvent expliquer cette tendance : une régulation européenne plus stricte, mais aussi une aversion au risque plus forte chez les investisseurs européens.
La nomination de Gary Gensler, ex-Golman Sachs qui doit prendre la tête de la SEC (Securities and Exchanges Commission) et ancien de l’administration de Bill Clinton pourrait contribuer au renforcement de la protection des clients, en apportant plus de transparence.

Simple mais pas basique…

Finalement, si le SPAC apparaît à première vue comme un instrument financier avec une structure simple et rapide, il reste un outil complexe. Ainsi, l’investissement en France est réservé aux clients institutionnels qualifiés. Ces SPACs sont cotés sur le compartiment professionnel d’Euronext uniquement. Comme le montre la très récente annonce d’Accord, le SPAC reste d’actualité, mais les prochains mois seront décisifs pour évaluer la réelle demande des investisseurs européens pour cet instrument financier.

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