Ce site utilise des cookies.
Les cookies garantissent une expérience de navigation optimale. Vous pouvez modifier les réglages d'acceptation des cookies pour ce site.

Sacs à main Investissement atypique Objet de collection Seconde main

Le sac à main de luxe, un placement comme un autre ?

PAR Soraya BENSCRI
17 juin 2021 — Temps de lecture :5mn
Et si le sac à main dépassait sa fonction d’accessoires de mode pour devenir un actif financier ? C’est la question que pose Soraya Benscri, Banquier Privé pour ODDO BHF, après avoir regardé —avec beaucoup d’attention— le cours des dernières ventes aux enchères et le « revenge buying » qui a sévi en Chine après la fin du confinement au printemps dernier. Les chiffres impressionants dévoilés par LVMH ne font que confirmer cette tendance. Voici la manufacture d’un investissement atypique, avec une passionnée.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

L’émergence des actifs passions

De plus en plus d’investisseurs souhaitent diversifier leurs allocations d’actifs. Certains optent ainsi pour des placements fonctionnels, tangibles ayant une valeur intrinsèque ; quand d’autres parient sur des investissements atypiques : des placements en objets de collection, encore dits des actifs passion. Leurs valeurs dépassent les simples attributs physiques du bien et s’apprécie selon différents facteurs, dont la réputation et la désirabilité au sein de la communauté des amateurs. Classiquement, ce sont les automobiles, les montres de collection, les œuvres d’art... En réalité, la palette est bien plus large et hétérogène : du timbre aux pierres précieuses en passant par le vin ou encore les pièces de design.

Chaque objet de collection est unique ; rien ne peut le substituer. En ce sens, le sac à main de luxe en est un sous-jacent. Son adéquation avec l’esprit du temps, sa valeur (et son maintien sur le long-terme), le contexte créatif et artisanal qui entoure sa manufacture sont autant de facteurs qui en font une pièce rare, et donc un asset financier. Alors, faut-il rationaliser l’acquisition d’un si bel objet dans une optique spéculative ?

« L’économie française est impactée. Le luxe est une part prépondérante de celle-ci. »

Tirée par le « Revenge Buying », la désirabilité du sac à main n’a jamais été aussi forte

Le contexte de distanciation sociale, et surtout la fermeture des commerces non-essentiels, a ironiquement renforcé la désirabilité pour les sacs à main de designers. L’anecdote du chiffre d’affaire record (2,7 milliards de dollars) de la boutique Hermès de Guangzhou (en Chine) a sa réouverture de 2020 a fait le tour du monde ! En comportement de consommation, le phénomène est nommé le « revenge buying » : un rebond des ventes liées à la frustration des clients suite à une période de privation/confinement.

Alors épiphénomène contextuel ? Non, la désirabilité des investisseurs est avérée. Sur les 10 dernières années, la valeur des sacs à main a plus que doublé (+108%), alors que l’or affiche un rendement bien plus modéré (+29%) sur la même période. Selon Collector Square, les prix de certains sacs à main de luxe ont même été multipliés par 10 en 10 ans.

La maroquinerie de collection se porte mieux que l’ensemble du secteur du luxe, qui a été exposé à une « véritable déflagration. Le recul le plus brutal qu’il ait connu depuis la fin des années 1990. » précise Joëlle de Montgolfier, Senior Director des Practices Global Consumer products, Retail & Luxury chez Bain & Company.

Naturellement, l’économie française est impactée. Le luxe est une part prépondérante de celle-ci.
« La France n’a pas les GAFA, mais elle a les géants du luxe mondial ! » avait rappelé, avec humour, Bruno Le Maire, lors de la signature du contrat stratégique de filière mode et luxe en 2018.

« Une autre mutation du marché réside dans les préoccupations des HENRYs (High Networth Earners Not Riched Yet) face au réchauffement climatique. »

La consolidation de l’offre de seconde main crée un marché permanent

Une autre mutation du marché réside dans les préoccupations des HENRYs (High Networth Earners Not Riched Yet) face au réchauffement climatique. « Je ne suis pas obligé d’acheter du neuf même si c’est un produit de luxe. » est un insight fréquemment collecté par Bain & Company. Joëlle de Montgolfier développe « quand une marque est forte, ses produits s’échangent quasiment au prix du neuf, à l’instar des montres ou des sacs. C’est aussi une opportunité pour les enseignes de luxe de se réapproprier leur image de marque. »

Le marché de la seconde main, avec sa croissance annuelle de 12 à 15 %, s’impose et représentait déjà 15 % du marché en 2019.

Par ailleurs, pour les investisseurs passionnés, le développement de marketplaces est la garantie de pouvoir accéder à une côte permanente et de revendre leurs assets plus simplement.

Comment bien investir dans les sacs à main de collection ?

Si les options sont nombreuses, voici quelques conseils fondamentaux qui permettront de bien investir et maximiser ses chances de réussite.

1/ Vérifier l’état et l’authenticité du bien :

Tous les investissements passions reposent à la fois sur des critères physiques et émotionnels. Meilleur l’état de l’objet sera, ou plus nombreux seront les justificatifs et preuves d’authenticité et, plus fortes seront les chances de maintien de la valeur sur le marché de la revente. Certaines marques travaillent d’ores et déjà à optimiser ce travail d’authentification, notamment grâce aux technologies liées à la blockchain.

2/ Favoriser l’achat de pièces phares et intemporelle :

Si les IT bags occupent souvent le devant de la scène, les modèles iconiques sont des placements refuges. Ce sont des créations déjà soumises à l’épreuve du temps – à l’instar du 2.55 de Chanel (introduit en 1955), du Baguette de Fendi (1977), ou des iconiques de Bottega Veneta – ; mais aussi des designs plus récents que l’on sait déjà intemporels – Boy chez Chanel (2018), Nina Bag de Gabriela Hearst (2015), Saddle Bag de Dior (1999, revampé par les équipes de Maria Grazia Chiuri en 2016).

3/ Capitaliser sur la rareté et les séries limitées

L’éternel combat offre/demande cultive la rareté et crée la valeur. L’indétrônable Birkin (Hermès), disponible uniquement sur commande à un nombre d’exemplaires bien plus faible que la demande du marché, connaît une envolée annuelle récurrente de l’ordre de 14.2% ! Le sac est l’un des plus prisés au monde, comme nous le rappelle la vente aux enchères exceptionnelle de 2017 pendant laquelle, un modèle en crocodile s’était vendu 380 000 dollars, devenant la pièce la plus chère au monde !

4/ Suivre les indicateurs :

Aujourd’hui, il existe des argus des sacs de collection, une cotation des modèles. Le LuxPrice-index, de Collector Square, recense les résultats des ventes aux enchères issus des principales maisons dans le monde depuis 2002. Le site donne également la possibilité à l’investisseur d’obtenir des rapports d’analyse pour un modèle donné, sur sa cote, sa croissance et le rationnel d’évolution par critère (référence, date, matière, couleur, etc.).

5/ Mesurer les risques :

Si les perspectives de gain paraissent élevées, il ne faut pas oublier que tout placement est risqué et que l’historique ne présage pas et n’offre aucune garantie du futur. Tous les sacs de luxe ne se revendent pas de la même façon (d’effets de mode et des évolutions de goûts esthétiques). Seule une sélection, mise à l’étude, peut représenter un investissement lucratif. Aussi, perdurent des risques plus conventionnels liés aux actifs passions : vol, perte et endommagement, et bien sûr les fraudes et contrefaçons.

Si ces investissements sont moins volatiles cela se fait au déficit de :

  • leur liquidité : les ventes sont sporadiques et les transactions réalisées par des intermédiaires (à l’instar des maisons de ventes aux enchères) ont besoin de temps pour authentifier les objets et organiser les ventes ;
  • leur transparence : leur marché de niche échappe souvent à l’œil du régulateur.

L’affaire n’est pas nécessairement dans le sac. Ce placement original et rentable nécessite une expertise, une anticipation et probablement un engouement personnel et passionnel…