Ce site utilise des cookies.
Les cookies garantissent une expérience de navigation optimale. Vous pouvez modifier les réglages d'acceptation des cookies pour ce site.

Investissement ESG Fonds éthiques

Les fonds éthiques font rimer sens avec finance

PAR Salomé CHARAMELET
20 mai 2021 — Temps de lecture :5mn
« Nous sommes la dernière génération capable d’agir contre le réchauffement climatique », cette conviction de Nicolas Sabatier, co-fondateur de Time For the Planet, fait – ironiquement – froid dans le dos. Il est possible d’agir par notre consommation, mais aussi par notre épargne. Oui, aujourd’hui, placer son argent peut avoir un impact positif pour les hommes et/ou pour la planète. C’est l’essence même des fonds éthiques ; il en existe de multiples formes. Panorama et distinction.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?
« Par essence, un fonds éthique est une enveloppe de valeurs financières et morales. Au départ perçu comme un placement excluant (et donc restrictif), son image change avec la communication responsable. »

Qu’est-ce qu’un fonds éthique ?

« Je ne veux pas uniquement quelque chose où investir. Je veux quelque chose à laquelle je puisse croire » affirmait Annita Roddick, militante des droits de l’homme, de la protection de l’environnement et fondatrice de la marque The Body Shop. Nous la rejoignons dans cette expression de besoin. En 2021, l’investissement ne doit plus se percevoir uniquement sous l’angle du triangle rendement-risque-temporalité ; l’impact est fondamental.

Conjointement à la prise de conscience, se développent un grand nombre d’initiatives : LITA.co, Rift, Miimosa pour n’en citer que quelques-unes. Nous, millénnials, avons été exposés à leur communication, les lisons dans la presse ou les écoutons en podcasts. Ce que nous connaissons moins en revanche, est l’existence de fonds éthiques depuis les années 1920. À cette époque, aux Etats-Unis, les quakers – une communauté religieuse anglicane – avaient décidé de bannir de leurs investissements l’ensemble des secteurs « péchés », tels que l’alcool, les jeux ou le tabac. Le phénomène est donc bien plus pérenne que l’on nous le laisse à penser !

Par essence, un fonds éthique est une enveloppe de valeurs financières et morales. Au départ perçu comme un placement excluant (et donc restrictif), son image change avec la communication responsable. Aujourd’hui, la terminologie « fonds éthique » est plurielle et regroupe :

Les fonds religieux, à valeur morale

Pour gérer leur trésorerie ou comme alternative aux dons des croyants, les communautés, congrégations et associations religieuses ont parfois recours à des fonds éthiques. Un marché de niche, avec des stratégies d’investissement strictes, qui respectent les valeurs fondatrices de la dite-religion. D’un produit à l’autre, la politique d’exclusion peut changer ; toutefois certains secteurs entiers sont exclus : le divertissement pour adultes, les armes à feu, les jeux de hasard par exemple.

Les fonds de partage, répartition éthique

En France, le premier fond de partage date du début des années 1980. Déjà à l’époque, le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) cumulait les mandats, rendant la distinction des suivants plus complexes :

  • fonds religieux car respectant les valeurs catholiques,
  • fonds social car finançant une ONG humanitaire aidant financièrement des projets de développement économique dans les pays défavorisés d’Afrique,
  • fonds de partage, enfin, car seule une partie des fruits de l’épargne était reversée.

Le point saillant est la répartition de valeurs pour 2 entités différentes : l’investisseur.e d’un côté et un organisme à dimension sociale de l’autre. Avec le temps, les modalités ont pu être adaptées : partage de la plus-value et/ou des frais de gestion ; mais toujours à un organisme à impact social positif.

« L’épargne salariale est le premier canal de l’épargne solidaire, cumulant près de 62 % des montants, à fin 2018. »

Les fonds de solidarité, flécher les financements

Ces fonds consacrent entre 5% et 10% de leurs encours au financement d’entreprises solidaires reconnues d’utilité´ sociale. Aussi, dans le jargon, ils sont parfois renommés « 90/10 ».

L’épargne salariale est le premier canal de l’épargne solidaire, cumulant près de 62 % des montants, à fin 2018, selon le dernier baromètre de la finance solidaire Finansol et La Croix. Une proportion qui devrait croître avec la loi Pacte, qui oblige tous les acteurs financiers a` intégrer au moins un fonds solidaire. De`s 2022 la mesure se renforce : les assureurs-vie seront aussi contraints d’offrir (au moins) une option d’unite´ de compte solidaire dans chaque contrat.

L’investissement Environnement, Social et Gouvernance (ESG), le canal central des fonds éthiques

Nous le savons désormais, les fonds éthiques existent depuis les années 80 en France ; dans les années 90, la vraie tendance était au Développement Durable. À la dimension sociale a donc très tôt été associée la dimension environnementale, notamment avec la création de l’agence de notation Arese (1997).

La combinaison de ces différentes dimensions d’analyse extra-financières est communément appelée ESG. Il s’agit alors de mesurer la prise en compte des enjeux de long-terme dans la stratégie des entreprises :

  • Facette E : la décarbonation, les énergies renouvelables, l’alignement climatique à l’accord de Paris, l’efficacité énergétique, le recyclage des déchets etc.
  • Facette S : la qualité du dialogue social, la santé et la sécurité des collaborateurs, la chaine de la valeur, la formation et la gestion de compétence etc.
  • Facette G : la parité, la diversité, la transparence et cohérence de rémunération, la maîtrise des risques de corruption, la qualité de la communication financière, l’allocation du capital etc.

L’Investissement Socialement Responsable (ISR), un fond labellisé

Dans son SRI report 2018, Eurosif [ndlr : Association Européenne de la promotion et de l’avancement des questions de durabilité et d’investissement responsable] pose « Apporter de la clarté à une compréhension ou à des principes communs représente l'orientation fondamentale dont les investisseurs ont besoin afin de choisir la durabilité comme impératif […]. En 2016, le conseil d'administration d'Eurosif est parvenu à un consensus sur une définition de l'ISR, qui représente notre point de vue commun à Niveau européen. »

Aussi, le gouvernement apporte un label pour certifier la rigueur de la démarche ISR, qui repose sur une série de critères ESG, répartis en 6 thèmes.

L’Impact Investing, pondéré le plus et le moins

Avec le temps, l’expertise se développe et les nuances également. Depuis le XXIème siècle émerge une nouvelle approche de finance responsable : l’impact investing. 2 critères le singularisent :

  • La raison d’être des entreprises soutenues : 100% des investissements sont fléchés vers des entreprises dont l’objet est la recherche d’un impact social et/ou environnemental positif. (Dès lors, la démarche est plus extrême que celles des fonds solidaires.
  • Les méthodes de mesure de l’impact qui se veulent transparentes dans la mesure de l’impact positif comme négatif. « Cette impartialité évite de mettre en valeur l’acteur du secteur ou de la catégorie qui fait le mieux, ou plutôt le moins mal », selon Nicolas Hazard, fondateur et président d’INCO Group, organisation mondiale de la nouvelle économie, experte de l’analyse extra-financière [ndlr : cruciale en matière d’Impact Investing].

Fonds éthiques et performance

Est-ce que donner du sens à son investissement signifie perdre en performance ? Le réflexe de la compensation est largement ancré, si bien que la question se pose naturellement... S’ajoutent les préjugés liés à l’exclusion : en mettant de côté des industries spécifiques, certains peuvent penser que les fonds éthiques offrent moins de possibilités de pondération pour les gérants de fonds.

En réalité, il est clairement possible de combiner valeurs éthiques et valeurs économiques. Précisément parce qu’une démultiplication des initiatives d’économies positives, inclusives et durables sévie actuellement. Elle est simultanément portée par la demande des clients, les aides légales et fiscales et in fine les perspectives de rendements et de rentabilité [ndlr : le triptyque du Développement Durable, exposé par Ghita dans son témoignage]…

Les fonds éthiques font rimer sens avec finance