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Cinéma Sorties Covid-19 Blockbusters Films d’auteur

Cinéma : qui sortira gagnant du grand embouteillage de la réouverture ?

PAR Leah Weil
18 mai 2021 — Temps de lecture :4mn
Avec la fermeture des salles obscures, des centaines de films attendent d’être projetés sur grands écrans. Les distributeurs craignent que ces 400 à 420 œuvres soient noyées dans la masse quand les pop-corns croustilleront à nouveau. Qui souffrira le plus ? Les blockbusters en recherche de rentabilité ou les films d’auteurs qui ont besoin de visibilité pour émerger ?
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

En 2020, la production cinématographique française a évité la catastrophe

Il est évident que comme l’essentiel des secteurs, la production cinématographique française a souffert de la pandémie de Covid-19 ; mais heureusement moins qu’escompté. Selon l’étude annuelle du Centre national du cinéma (CNC), ce sont 239 longs-métrages qui ont reçu un agrément de tournage en 2020 (-21 % par rapport à 2019).
Le fonds assurantiel de 100 millions d’euros destiné à l’indemnisation des tournages en cas de pandémie a amorti la chute. Financé à 50% par les pouvoirs publics, et à 50% par un fonds d’assurances privées, il a permis à 152 productions de reprendre leur cours après le premier confinement. L’été s’est avéré extrêmement prolifique, malgré un protocole sanitaire et des restrictions de déplacements stricts.
En parallèle de ce soutien assurantiel, les aides publiques (24 millions) compensent la baisse dramatique des investissements (784 millions d’euros, à -30%). Logiquement, les pré-achats et accords de co-production avec les chaînes de télévision plongent pour atteindre un seuil historiquement bas (205,7 millions d’euros pour seulement 127 films). Même Canal+, tête d’affiche du co-financement, s’est fait rappeler à l’ordre par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour ne pas avoir honoré ses obligations d’investir 12,5% de son chiffre d’affaires annuel à l’acquisition d’œuvres européennes.

Les documentaires et animations tirent leur épingle du jeu

Toujours selon le CNC, 2 secteurs sont en croissance :

  • les documentaires (53), grâce à leurs coûts raisonnables ont atteint leur plus haut niveau depuis 25 ans ;
  • l’animation (12) portée par la réputation des experts français en la matière.

Est-ce que seule la réouverture des salles de cinéma assura un ré-équilibrage des forces ? Au regard de la fréquentation des salles obscures pendant les vacances de la Toussaint (3 millions de spectateurs par semaine), fort est à parier que l’appétit du public survivra à la longue fermeture. Toutefois, les professionnels s’inquiètent des conséquences d’un terrible embouteillage…

« La Fédération Nationale des Editeurs de films (FNEF) estime à 400-420 le nombre de longs-métrages, français et étrangers, stockés chez les distributeurs, en attente d’être projetés. »

L’engorgement inédit des sorties pourrait profiter aux blockbusters

La Fédération Nationale des Editeurs de films (FNEF) estime à 400-420 le nombre de longs-métrages, français et étrangers, stockés chez les distributeurs, en attente d’être projetés. Parmi eux, des blockbusters (Mourir peut attendre, dernier opus de la saga James Bond, Fast & Furious 9 ou encore Wonder Woman 1984). Ceux-ci risquent de mobiliser toute l’attention. « Les indépendants français ont porté seuls le marché l’été dernier. Ce serait injuste que les Américains accaparent tout quand les salles vont rouvrir », complète Etienne Ollagnier, cofondateur de Jour2Fête et coprésident du Syndicat des distributeurs indépendants (SDI).

La menace est d’autant plus grave qu’il existe historiquement une corrélation entre la vente de billets et les frais de communication engagés. Ils peuvent représenter entre 10 % et 15 % du budget global ! Surtout, les films d’auteurs ne pourront profiter de la visibilité gratuite que leur offre habituellement le Festival de Cannes…

Aussi, l’autorité de la concurrence a été saisie. Cette dernière s’est engagée à examiner dans des temps record le dossier pour proposer un « calendrier concentré des sorties » dès les premiers mois de reprise d’activité…

Une reprise graduelle qui pourrait rééquilibrer certaines forces

Les pronostics tendent vers une réouverture des cinémas entre le début et la mi-mai. Celle-ci devrait être progressive : d’abord, une occupation jusqu’à 35% des places pendant un mois, puis à 50 % pendant un autre mois, pour enfin revenir à la normale en juillet (à condition que les couvre-feux soient levés).

Avec les jauges dégradées des 2 premiers mois, les grosses productions jouent la prudence pour assurer leur retour sur investissement. Les sorties sont repoussées à l’été (OSS 117 : alerte en Afrique noire) ou à la rentrée (Venom). Certaines cèdent au chant des sirènes des plateformes spécialisées (Pinocchio chez Amazon Prime Video, Madame Claude chez Netflix).

Une fenêtre de tir s’ouvre alors pour certains films ; à condition que l’accord de diversité de programmation – signé en 2016 – soit bien respecté. Rien n’est moins sûr puisque les engagements n’ont été renouvelés et que le CNC n’a aucun moyen de pression. Heureusement, une nouvelle aide pourrait voir le jour avec la dérogation que le CNC proposera pour les distributeurs, leur offrant la possibilité de vendre les films non-diffusés en salle, directement en vidéo à la demande, sans rembourser ni le crédit d’impôt ni les aides. Une jolie aide qui compenserait l’inéluctable perte pour les producteurs et surtout les distributeurs… Pour rappel, les 2 éléments indispensables au financement d’un film sont le préachat des chaines de télévision et l’engagement d'un minimum garanti par le distributeur (basé sur le budget global du film et son exploitation en salle).

Comme dans le commerce de proximité, la question du soutien des petits versus des grands risques de se poser. Le choix du film ne relèvera plus uniquement de l’envie d’être transporté dans une histoire ou un univers ; il deviendra acte politique. Une nouvelle fois, divertissement et engagement se mêleront…

Cinéma : qui sortira gagnant du grand embouteillage de la réouverture ?