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Impact Mission CAC40 Food

Danone : l'enjeu de concilier engagement et durabilité

PAR Sparewell
26 avril 2021 — Temps de lecture :3mn
C'était l'une des marques fortes de la loi Pacte : la création du statut d'entreprise à mission. Associer la profitabilité aux grands défis sociétaux était alors l'idée. Danone, avec à sa tête Emmanuel Faber, avait été le premier groupe du CAC40 à franchir le pas. Mais il y a quelques semaines, les cartes ont été rebattues avec l'éviction de ce dernier, posant la question de la coexistence entre des enjeux financiers à court-terme et le temps nécessaire à la transformation des business models.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

Danone tourne la page d’Emmanuel Faber

Il y a quelques jours, le conseil d’administration du groupe Danone annonçait la destitution de son médiatique Président Directeur Général Emmanuel Faber. À la tête de l’entreprise depuis décembre 2017, il était déjà sur la sellette depuis plusieurs mois en raison des nombreuses difficultés rencontrées par le géant de l’alimentation. Entre chute du cours de bourse, suppression d’emplois et résultats en berne, cet épilogue apparaît, pour certains, comme la conséquence logique de la crise de gouvernance qui secouait alors le groupe.
Ainsi, le chiffre d’affaires du groupe, plombé par les mauvaises performances des eaux et de la nutrition infantile, a plongé de 1,5 % en données comparables et de 6,6 % en données publiées. Des mauvais chiffres qui ont sans doute précipité le départ du dirigeant alors que plusieurs fonds d’investissement anglo-saxons réclamaient déjà publiquement son départ depuis plusieurs mois.
Dans son communiqué du 15 mars 2021, Danone précise que Gilles Schnepp – vice-président depuis le 1er mars – est nommé président du CA, et que la direction du groupe est confiée à 2 responsables de pôles géographiques en attendant le recrutement d’un nouveau directeur général. Ainsi Véronique Penchienati-Bosetta, actuellement directrice générale International est nommée directrice générale groupe et Shane Grant, actuellement directeur général Amériques, directeur général délégué.

Une nouvelle gouvernance pour Danone

Âgé de 62 ans, Gilles Schnepp, ancien patron de Legrand devient ainsi président du conseil d’administration à la place de celui qui l’avait fait entrer dans l’entreprise, en décembre 2020, en tant qu’administrateur référent. Il a désormais pour mission principale de « conduire la transition, notamment à travers la recherche d'un nouveau directeur général » (rappelons que jusqu’Emmanuel Faber cumulait les deux mandats). Dans cette optique, le groupe précise avoir mandaté un cabinet de recrutement pour sélectionner un DG « d’envergure internationale ». Pour rappel, dans son plaidoyer pour un changement de gouvernance et de management, le fonds américain Artisan Partners demandait, un nouveau directeur général au profil moins financier, avec une expérience dans le secteur des biens de consommation. Fin février, il proposait déjà que Gilles Schnepp soit nommé président du conseil d’administration.

Danone, toujours une entreprise à mission

Dès le départ d’Emmanuel Faber, le groupe a précisé que « le Conseil d'Administration [était] convaincu de la nécessité d’allier un fort niveau de performance économique au respect du modèle unique d’entreprise à mission de Danone », une mention destinée à rassurer sur la continuité de la stratégie de développement durable. Pour rappel, en juin dernier, Danone devenait la première entreprise à mission du CAC 40, avec plus de 99 % des actionnaires ayant approuvé l’introduction dans les statuts d’objectifs « sociaux, sociétaux et environnementaux ». Une immense victoire pour Emmanuel Faber et ses partisans, que Danone ne semble pas vouloir toute de suite reléguer au passé. Aussi, parmi les soutiens du PDG sortant, Pascal Lamy, président du comité de mission indépendant chargé de veiller au respect des objectifs fixés dans la raison d’être, avait évoqué la possibilité de quitter son poste si cette stratégie était mise en cause. De leur côté, les syndicats avaient également rappelé leur attachement à la conciliation des objectifs économiques, environnementaux et sociaux assurée par la gouvernance en place.
S’il est encore trop tôt pour statuer sur la stratégie à venir de la nouvelle gouvernance, des garde-fous existent donc pour faire en sorte que le projet économique et social survive à cette crise.

Un enjeu de réputation

En février dernier, ils étaient 5 000 salariés et partenaires de Danone à « réaffirmer avec force » leur « adhésion aux valeurs et à la mission » mise en œuvre depuis 50 ans par le Groupe. C’est ce modèle, ancré « dans l’ADN » de Danone qui « fait sa force », écrivaient-ils alors. Et il est vrai qu’une grande partie de la réputation de la multinationale est basée sur cette forte responsabilité sociale et sociétale. Autant d’arguments qui venaient convaincre bon nombre de consommateurs et investisseurs soucieux de leur impact et désireux de donner du sens à leur action. En devenant l’une des rares entreprises à mission cotée, Danone a ainsi été propulsée sur le devant de la scène. Conscient de cet enjeu, Gilles Schnepp a ainsi déclaré : « Je pense qu’il faut poursuivre sur cette voie, car il n'y a pas d'autre choix. Une entreprise qui ne sera pas responsable ne sera pas durable. Je pense même que c'est un atout compétitif ».