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Economie Transport Aérien Tourisme Covid-19 ESG

Le transport aérien français, Avant/Après la Covid-19

PAR Olfa TAAMALLAH
16 février 2021 — Temps de lecture :3mn
Décrite comme la pire crise du transport aérien, la Covid-19 a fait chuter de 60% le nombre de passagers transportés sur 2020 et a engendré des pertes de près de 370 milliards de dollars chez les compagnies aériennes selon l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI). Sur 2021, si les perspectives à court-terme restent sombres, la saison estivale semble pouvoir être sauvée par les avancées en termes de vaccination. Et à plus long-terme, quel futur au transport aérien ? Accrochez vos ceintures !
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

Quel impact de la crise sur les acteurs européen du transport aérien ?

Les aides massives apportées par les États aux compagnies aériennes, dites « majors », leur ont permis de tenir et de poursuivre les efforts de restructuration. Ainsi Air France-KLM et Lufthansa ont bénéficié de 10.4 milliards d’euros et 9 milliards d’euros respectivement.

Cependant, ces aides non généralisées, ont créé des distorsions de concurrence : certains acteurs plus fragiles ont été livrés à eux même. Dès lors, une transformation du secteur en Europe est à escompter. Elle se fera au profit des compagnies low-costs : Ryanair, easyJet ou Wizzair, etc. qui bénéficient d’une base de coûts plus faible et d’une meilleure santé financière.

Et en France ? Ici l’essentiel des acteurs sont rentrés déjà fragilisés dans la crise ; à l’instar de Corsair qui a finalisé sur le fil son sauvetage, en bouclant une recapitalisation de 300 millions d’euros. Seule Air Caraïbes/French Bee surmonte la crise grâce à sa position de niche sur les DOM-TOM et sa flotte renouvelée. Rappelons toutefois que le Groupe a obtenu un PGE de 150 millions d’euros.

« La vigueur du segment loisir devrait être plus forte que celle du segment business. »

Quelle reprise du transport aérien escompté en 2021 ?

En 2020, à l’échelle mondiale, et grâce à un niveau de restrictions moindre, les vols intérieurs ou domestiques ont mieux résisté que les vols internationaux (-50% vs -74% à période comparable). Cette tendance est d’autant plus visible dans les grands pays – en Chine ou en Russie par exemple – où le nombre de passagers est déjà revenu aux niveaux d'avant crise. Il est donc naturel d’imaginer que la reprise attendue à partir de l’été 2021, soit plus visible sur les marchés domestiques ou encore intra-régionaux, à condition que les restrictions soient levées.

La vigueur du segment loisir devrait être plus forte que celle du segment business. En effet, le déploiement des nouveaux outils de communications, avec une efficacité prouvée, vient se substituer aux déplacements physiques coûteux.

En ce qui concerne le trafic international, la reprise devrait être progressive ; favorisant d’abord, les liaisons entre villes ou pays ayant la couverture vaccinale la plus étendue. Au global, sur 2021, L'Association Internationale du Transport aérien (l’IATA) table sur une hausse du trafic de 50%, mais un retour aux niveaux de 2019 n’est pas envisageable avant 2024. Cette reprise progressive du trafic est très attendue par les investisseurs sur les marchés financiers. En effet, le retour des réservations demeure un catalyseur important pour enclencher le redressement du secteur sur les bourses mondiales. En 2020, celui-ci a perdu l’équivalent de 30% en 2020.

Quels changements du paysage concurrentiel dans un monde post-Covid-19 ?

Historiquement, les règles d’utilisation des créneaux de décollage et d’atterrissage entretenaient la rareté au profit des compagnies « majors ». La fin du moratoire de ces règles, attendue dès le mois d’octobre 2021, devrait rebattre les cartes. Une offensive plus marquée des compagnies low-costs et des compagnies du Golfe sur les aéroports européens est très crédible, notamment sur des pays comme la France ou l’Allemagne (qui ont jusqu’ici bien résisté). Par ailleurs, l’arrivée de nouveaux entrants, partant d’une feuille blanche, n’est pas exclue. En effet, la crise a fait tomber l’essentiel des barrières à l’entrée.

« Le chemin est encore long avant de percevoir des réductions tangibles des émissions de gaz à effet de serre. »

Vers un transport aérien plus vert ?

L’impact de la Covid-19 a été violent sur le secteur : suppression d’emplois, niveau d’endettement élevé, incertitudes sur le retour du trafic… Si les aides étatiques en Europe ont été conditionnées pour la plupart à des objectifs environnementaux, nous pensons que le chemin est encore long avant de percevoir des réductions tangibles des émissions de gaz à effet de serre.

Certes, la disponibilité des financements (via notamment les agences de crédits à l’export) plaide en faveur du premier levier de réduction de CO2, le rajeunissement de flotte ; mais la tentation de réintroduire les anciens appareils, avec un prix de pétrole relativement bas, reste forte.

Aussi, les chances de durcissement de la législation à l’échelle européenne à court-terme sont faibles, car cela tendrait à compliquer le retour à la croissance. Toutefois, le retour des US dans l’accord de Paris pourrait avoir un effet catalyseur.

Même décalée dans le temps, la transformation verte dans l’aérien, reste inévitable car cela devient un argument commercial particulièrement auprès de notre génération. De la demande naîtra l’offre.

Le transport aérien français, Avant/Après la Covid-19