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Etats-Unis Accord de Paris ESG Climat

Les Etats-Unis et l’Accord de Paris : se quitter pour mieux se retrouver

PAR Sparewell
03 décembre 2020 — Temps de lecture :4mn
Et si le vert dollar et le vert écologique devenaient une seule nuance ? La question est d’autant plus surprenante que depuis le 4 novembre, le lendemain de l’élection présidentielle, les Etats-Unis sont officiellement sortis de l’accord de Paris. Mais la récente nomination de John Kerry au poste de représentant spécial pour le climat, par le futur président Joe Biden, est un nouveau coup de poker. Que faut-il attendre du prochain mandat américain en matière d’engagement pour le climat ?
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Quelques jours à peine après l’élection présidentielle, Joe Biden marque déjà sa rupture. Pour lui, le changement climatique est une « menace existentielle » et il a décidé d’en faire l’un des 5 piliers de son programme à venir (son mandat débutant le 20 janvier 2021).

La nomination de John Kerry en tant que Représentant Spécial pour le Climat est la première preuve de cet engagement. D’abord, parce que ce poste est une innovation, il n’a jamais existé au sein du Conseil de Sécurité Nationale de la Maison Blanche. Ensuite, parce qu’il s’agit d’un retour aux sources pour John Kerry, l’ancien chef de la diplomatie (sous Barack Obama) qui avait signé les accords de Paris en 2015, engageant par là même les Etats-Unis à contenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C, et si possible à 1,5 °C. Enfin, parce que cet ancien sénateur de 28 ans d’expérience avait quitté le département d'Etat quand Donald Trump a pris les rênes du pouvoir, en janvier 2017.

Jamais donc une manifestation de rupture de politique environnementale n’avait été aussi rapide et marquée qu’à ce moment de l’histoire américaine. Quelles sont les ambitions des démocrates ? Et à quels enjeux nationaux et internationaux vont-ils être confrontés ?

Biden vs Trump : le clash des titans

Derrière la figure médiatique controversée de Donal Trump et la politique de soutien économique, se cache un désastre écologique. Près de 100 lois environnementales ont été démantelées par son gouvernement. De la pureté de l’air à l’utilisation des sols, en passant par la qualité de l’eau et bien d’autres secteurs, c’est tout le spectre des actions positives qui a été impacté.

A cela s’ajoutent la suppression des fonds destinés à la recherche sur le climat et l’assouplissement des réglementations de l’industrie des combustibles fossiles. Terrible constat, puisque les Etats-Unis sont le premier pays consommateur et producteur de pétrole et de gaz dans le monde.

L’accord de Paris – signé par désormais 196 pays et ratifié par 188 d’entre eux – a longtemps été dans le collimateur de Donald Trump. Il jugeait ce texte comme « un fardeau économique injuste » pour les Etats-Unis, qui pourrait « [tuer] des emplois ». Dès 2017, il avait annoncé son ambition d’en sortir. Mais la procédure imposait un délai d’attente, puis un délai administratif, nous amenant finalement à novembre 2020, à la veille des élections présidentielles.

Dans la course pour être le 46ème président américain justement, Joe Biden présentait une toute autre position face au sujet climatique. Il s’engageait à décarboner la production d'électricité d'ici 2035 et à offrir la neutralité carbone en 2050. Entre autres, il compte convertir ces objectifs en résultat grâce à son nouveau Représentant Spécial…

Les Etats-Unis et l’Accord de Paris : se quitter pour mieux se retrouver

John Kerry : l’homme de la situation ?

« L'administration entrante ne laisse aucun doute sur la priorité qu'elle entend donner à la lutte contre la crise climatique », réagit Andrew Steer, le président du World Resources Institute (WRI). « Il y a peu de gens dans le monde avec un bilan aussi remarquable que John Kerry en matière de changement climatique. » poursuit-il.

Diplomate rompu au multilatéralisme, de 2 ans plus jeune que le futur président, le CV de John Kerry est déjà bien rempli : secrétaire d'Etat, candidat malheureux à la Maison Blanche en 2004, sénateur spécialisé dans les affaires étrangères pendant 28 ans, etc. Plus récemment, il avait lancé « World War Zero », un projet de sensibilisation à la crise climatique, en dehors de la sphère politique ; une forme de coalition de stars pour éduquer sur la question.

« Je retourne au gouvernement pour remettre l'Amérique sur la bonne voie, face au plus grand défi de cette génération et face à ceux qui suivront », a-t-il tweeté juste après sa nomination. Pour autant, il ne sera pas facile de concrétiser cette vision écologique de Biden x Kerry, si le Sénat reste Républicain. Rendez-vous en janvier 2021 en Géorgie, avec l’attribution des 2 derniers sièges…

Heureusement, John Kerry pourra compter sur des alliés nationaux de choix, en les personnes d’Antony Blinken (Secrétaire d'État), de Jake Sullivan (Conseiller à la Sécurité Intérieure) ou encore de Linda Thomas-Greenfield (Ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies). Et à l’international alors ?

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Energie propre : la nouvelle course internationale

Selon l'Agence internationale pour les énergies renouvelables, pour atteindre les principaux objectifs mondiaux en matière de décarbonation et climat, il est nécessaire de tripler la valeur des investissements annuels, pour qu’ils atteignent 800 milliards de dollars d'ici à 2050. Avec sa puissance économique, créative et entrepreneuriale, les Etats-Unis seraient un allié de poids dans cette course à l’énergie. Déjà, Joe Biden a promis la mise en place d’un vaste plan de 2 000 milliards de dollars sur 4 ans (10% du PIB annuel). Ces injonctions massives influencent des pays émetteurs encore réticents (comme l’Inde, l’Australie, le Brésil ou l’Afrique du Sud).

« Il faudra voir quelle place Joe Biden accordera aux énergies fossiles et notamment au gaz naturel alors qu’il ne s’est pas engagé de manière claire à y mettre un terme » nous éclaire Lucile Dufour, Responsable des Négociations Internationales du réseau Action Climat. Rappelons ici, que les Etats-Unis représentent le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre après la Chine (15 % des émissions).

Il s’agit alors de re-rentrer dans la course, avec une position claire et engagée. En effet, tous les pays signataire du traité de l’Accord de Paris sont censés revoir à la hausse leur ambition régulièrement (tous les 5 ans). Ces dernières semaines, la Corée du Sud, le Japon mais aussi la Chine ont annoncé viser la neutralité carbone pour 2050 (dans les 2 premiers cas) et 2060 (dans le dernier).

La prochaine conférence onusienne COP26 (novembre 2021) joue un rôle de catalyseur. Il y a donc fort à parier que les ambitions de l’Amérique de Joe Biden se traduiront rapidement en décrets et en déclarations d’intention à l’internationale. Un scénario à rebondissements qui n’a rien à envier aux meilleures séries américaines ; to be continued.

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