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Bourse Millennials Application

Robinhood, l’application de trading pour tous ?

PAR Anne Elisabeth Caillet
17 septembre 2020 — Temps de lecture :4mn
Un des épiphénomènes de la pandémie de Covid-19 a été l’ouverture massive de comptes-titres aux Etats-Unis. Confinement, temps libre, volatilité des marchés, chèque de relance économique outre-Atlantique… les raisons de cet engouement sont multiples. Avec 3 millions de nouveaux utilisateurs enregistrés depuis le début de l’année, la fintech américaine Robinhood a été la grande gagnante de cet enthousiasme massif pour l’investissement en Bourse. Un tel modèle est-il reproductible en France ?
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Robin des bois, l’allié des millennials

Robinhood fait figure d’ovni dans la galaxie des courtiers. Fondé en 2013 par Baiju Bhatt et Vladimir Tenev, la plateforme de trading permet d'investir en Bourse sans commission et sans dépôt minimum. Son nom (Robin des bois en français) joue sur l’ambiguïté ; il ne s’agit pas de voler l’argent des riches pour le redistribuer aux pauvres, mais plutôt de rendre accessible l’investissement au plus grand nombre et, en particulier, à une partie de la population qui historiquement ne s’y intéressait pas : les millennials. Afin d’y parvenir, la fintech qui ambitionne de démocratiser Wall Street s’est débarrassée des 2 principales barrières psychologiques à l’investissement : le coût et la complexité. « Nous avons vu l’opportunité de construire un produit qui s’adressait réellement à notre génération, et les commissions en étaient partie intégrante. Une autre part importante est la simplicité d’utilisation, d’où l’expérience ‘mobile-centric’ qui place le consommateur au premier plan.1 confiait le co-CEO Baiju Bhatt, au micro de CNBC en décembre dernier. Pari réussi puisqu’aujourd’hui, 78% des utilisateurs ont entre 18 et 35 ans !

Le bon et le mauvais

Robinhood n’en finit pas de pulvériser les records : 13 millions d’utilisateurs. 4,3 millions de dollars de transaction en moyenne par jour en juin 2020. Une valorisation stratosphérique qui vient d’atteindre les 11,2 milliards de dollars² ! Cette jeune licorne de la Silicon Valley, non-disponible en France, galope et fait des jalouses parmi les autres plateformes de trading en ligne.

Avoir une application d’investissement dont l’interface ressemble plus à celle d’un jeu vidéo qu’à celle d’un écran Bloomberg n’est pas pour plaire à tout le monde. Robinhood est dans le collimateur des législateurs depuis quelque temps déjà. L’augmentation de l’attitude spéculative des utilisateurs semble inversement proportionnelle à leur âge et leur connaissance du marché. Cibler une population de jeunes adultes est une bonne chose, mais il faut s’assurer qu’elle soit suffisamment éduquée et avertie des risques inhérents à l’investissement. Tout particulièrement quand il s’agit de produits complexes et plus risqués, comme les options ou les cryptomonnaies (notamment le bitcoin et l'ether). « En cultivant intentionnellement une clientèle d’investisseurs relativement inexpérimentés, vous devez assumer une responsabilité d’autant plus importante qui consiste à vous assurer que vos clients soient protégés et reçoivent toujours des informations claires et précises »3, soulignent des membres du Congrès américain dans une lettre à charge aux co-fondateurs de Robinhood.

« Si l’application est instinctive, offre-t-elle suffisamment d’informations pour prendre d’aussi gros risques ? »

Robin des bois, l’ennemi public

Le débat a été vivement ravivé le 12 juin dernier lorsqu’Alexander Kearns, un jeune utilisateur de 20 ans, s’est suicidé après avoir vu son compte passé dans le négatif à plus de 730 K$4. Ce néophyte de la finance s’était lancé dans la négociation d’options, plus précisément dans l’achat et la vente de put (ndlr : une option de vente qui contractuellement fait s’accorder 2 parties sur l’échange d’un actif à un prix fixé et à une date prédéterminée), sans avoir une idée précise de ce qu’il faisait, ni comprendre son véritable solde. Cette tragédie pose une question de fond : si l’application est instinctive, offre-t-elle suffisamment d’informations pour prendre d’aussi gros risques ?

Pour d’autres détracteurs, Robinhood cultive « l’effet mouton » au détriment de la formation et de l’éducation. Jusqu’à il y a quelque temps, la plateforme mettait en avant son très populaire
« Robintrack » qui fournissait de nombreuses informations (anonymisées) sur les mouvements des autres investisseurs. En un clic, il était possible de voir quels étaient les titres les plus appréciés des utilisateurs et de reproduire les mêmes trades. Résultat, certains stocks ont bénéficié en masse de ce phénomène d’influenceur au point de créer des incohérences de marché. La société Hertz a ainsi vu son cours de Bourse bondir de 825%, 2 semaines après l'annonce de sa mise en faillite au mois de mai5. Une grande partie de cette hausse provenait de Robinhood ; le nombre d’utilisateurs détenant le titre Hertz sur la plateforme ayant tout simplement doublé avant et après l’annonce de dépôt de bilan ! Il y a plusieurs semaines, les fondateurs ont décidé de supprimer cet indicateur.

De Robinhood à Robin des bois, il n’y a qu’une flèche ?

Le succès fulgurant de Robinhood aux Etats-Unis a naturellement créé des émules de ce côté de l’Atlantique. Certains concurrents sont apparus, à l’instar du néerlandais Bux6, qui préempte l’Europe avec déjà 300 000 utilisateurs et qui vient tout juste de s’élargir au marché français. A savoir que Bux ne donne pas accès au marché d’action mais permet des transactions en Contrats de différence (CFD). Ces produits sont complexes et peuvent être très risqués, obligeant les régulateurs à publier des restrictions et mises-en-garde sur ces produits. D’autres acteurs américains tentent, quant à eux, de se positionner à l’international avant le fameux défenseur à capuche. La plateforme Etoro promeut par exemple depuis mi-août ses services de trading social sur Youtube France.

L’interface simplifiée, les phénomènes de viralité sur la toile et le buzz médiatique font indéniablement grandir l’intérêt de nos pairs pour ce type de plateformes. Si les barrières à l’entrée sont faibles (absence de commission et de plafond d’entrée), les dangers eux sont bien réels et le suicide d’Alexander Kearns nous le rappelle justement.

La spéculation est une affaire sérieuse et certains produits boursiers demeurent risqués. La connaissance est la meilleure protection. Quand elle n’est pas acquise, il est préférable de s’entourer d’experts, de s’éduquer et d’aller chercher l’information pour comprendre les risques et les enjeux. La législation européenne, et plus spécifiquement française, abonde en ce sens ; demain, elle continuera de le faire, en adaptant, en continu, ses recommandations aux produits et services de ces plateformes. Il nous revient d’être prudents.

Robinhood, l’application de trading pour tous ?

Oddo BHF et Sparewell n’ont aucun lien avec les plateformes mentionnées. Ce dossier écrit par Anne Elisabeth Caillet pose un état des lieux, qui pose et décrit les dangers attachés aux nouvelles fintechs de gamification des placements boursiers.