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Economie Europe Covid-19

Rebond européen : l’ABCDaire des économistes

PAR Bruno CAVALIER
07 juillet 2020 — Temps de lecture :3mn
A chaque récession, alors que l’économie réelle n’a pas encore touché son point bas, il est une convention : imaginer les profils possibles de rebond. Les conclusions sont tout aussi complexes que l’exercice. Alors, les commentateurs économiques et financiers, schématisent les options sous forme de lettres (V, U, L, W). Cette représentation visuelle recèle d’indications sur la croissance, son ampleur et sa vitesse. Quelle calligraphie suite au Covid-19 ?
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

La situation actuelle est singulière. L’analogie avec une situation de guerre a été faite, mais elle n’est pas juste au niveau économique. Et pour celle de la catastrophe naturelle, elle pourrait fonctionner mais sous conditions : le désastre n’est pas un événement ponctuel et local mais un choc répété chaque jour, depuis des semaines, aux quatre coins du globe. Reste l’angle de la pandémie. Là encore, il existe des limites puisque le Covid-19 n’a rien de comparable à la Grande Peste. La proportion des décès étant concentrée en haut de la pyramide des âges, l’impact sur la force de travail est bien plus faible. A ce stade, il paraît prématuré d’affirmer que le Coronavirus aura des effets persistants sur le potentiel de croissance. Certes, le choc est d’une brutalité rare, mais sa durée devrait se mesurer en mois, non en années.

Quelle forme prendra le rebond ? Les expressions de reprise en V, en U, en L, etc. évoquent intuitivement des schémas de sortie de récession plus ou moins rapides, plus ou moins forts. Si la reprise est égale à (ou plus soutenue que) la chute qui a précédé, nous schématiserons un V. A l’opposé, si elle est moins forte que la chute, on aura une reprise en U _ ou bien en L si la croissance post-reprise est inférieure à celle pré-récession. Dans la suite, nous établirons une analyse de probabilité subjective, lettre par lettre, pour l’Europe. Elle ne prétend pas couvrir tous les états de la nature.

V

Dans ce scénario, la situation sanitaire est rétablie rapidement permettant un retour à la normale d’ici la fin 2020. Puis, les rythmes de croissance se tasseraient à nouveau. Pour rappel, avant l’apparition du Coronavirus, la croissance estimée de l’économie mondiale en 2020 et 2021 était de l’ordre de 3% et 3.5% donc assez modérée. La forte décrue du nombre de nouveau patients graves en Europe, nous conduit à retenir une probabilité subjective de 35% pour ce modèle (et de 10% pour le scénario V+ dans lequel le rebond surpasse la situation d’avant crise).

U

Dans cette configuration, il faut plus de temps pour retrouver le niveau d’activité d’avant le choc. Après quoi, la croissance retrouve ou dépasse sa tendance pré-crise. Avec le coronavirus, les mesures de distanciation impactent les déplacements et l’activité. Le soutien de politiques économiques est alors clé. Ainsi, le modèle U est probable dans les pays où le reflux de la pandémie est lent (manque de moyens sanitaires, flou et hésitation des politiques publiques etc.). Pour l’Europe, nous accordons une probabilité subjective de 35%, équivalent à celle du modèle V.

L et sa variante W

La forme de la lettre L est trompeuse. Dans ce modèle, la reprise après la chute correspond à un rebond lent et modeste, conjoint à un affaissement de la croissance post-crise. Dès lors, l’économie sort de récession mais garde de grandes faiblesses. Elle est plus exposée à une rechute en cas de nouveau choc, c’est le modèle W (cf la crise 2008 et le second stress financier de 2011-12, pour l’essentiel des pays européens). Heureusement, l’histoire des cycles suggère qu’un scénario si pessimiste est peu probable. Toutefois, la crise sanitaire est si atypique que nous sommes enclins à lui attribuer une probabilité subjective non négligeable de 20%.

A ce stade, et après notre revue alphabétique, notre scénario central se situe entre un U ou un V (35% de probabilité subjective dans chaque cas). Une calligraphie hybride proche du célèbre logo de Nike (Swoosh) serait la plus juste. Le reste de la masse de probabilité penche davantage du côté du scénario négatif en L (20%) que du côté du scénario positif en V+ (10%). Ces prévisions convergent avec celles du FMI, qui considère un schéma en V à l’échelle mondiale (-3% / +5,8%) mais des prévisions en U ou en L pour la Zone Euro (-7.5%/ +4.7%).