Ce site utilise des cookies.
Les cookies garantissent une expérience de navigation optimale. Vous pouvez modifier les réglages d'acceptation des cookies pour ce site.

Economie Covid-19

Économiquement parlant, fallait-il confiner les Français ?

PAR Sylvain GOYON-SOUSTER
22 mai 2020 — Temps de lecture :2mn
« Une vie ne vaut rien et rien ne vaut une vie ». Le Covid-19 fournit l’occasion de revisiter l’aphorisme d’André Malraux via le débat naissant sur l’impact des mesures de confinement. Si personne n’ose contester les bénéfices en termes de vies épargnées, des voix (de plus en plus nombreuses) se font entendre pour critiquer la mise sous cloche de l’économie. En France, les chiffres sont hors norme : la contraction attendue du PIB pour 2020 (-11%) est 2 fois supérieure à celle constatée lors de la crise financière de 2008-2009, tandis que les déficits publics explosent (-11.4% projetés par le gouvernement) et la dette également (115% de la richesse produite en un an). Alors supporters ou détracteurs, qui a raison ?
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

Impossible de répondre à l’épineuse question sans adopter une analyse « coût-efficacité ». Ceux qui travaillent dans le monde de la santé la connaissent bien. Elle mesure l'efficacité d'un traitement ou d’un service, en comparant son coût à celui des alternatives existantes (y compris celle de ne rien faire).

Ce type d’approche permet de définir une réponse dynamique dans le temps. Illustration par l’exemple : traversons l’océan pour nous rendre aux Etats-Unis. Là-bas, les pouvoirs publics, les agences réglementaires tentent de déterminer la valeur statistique moyenne d’une vie humaine.

Impossible ? Pas selon les études universitaires sur la cost efficiency analysis. Elles mettent en lumière qu’un américain moyen demandera 1 000$ pour assumer un risque de décès de 1/ 10000. Ceci établit la valeur statistique moyenne d’une vie à 10M$. (Bien sûr, les données ne sont à prendre strico sensu ; elles sont les résultats d’un processus financier classique, voisin de celui utilisé par les assureurs.)

« La balance cost efficiency analysis amènerait à un gain de 8Trn$ …
soit plus de 3.7% du PIB des Etats-Unis. »

Dès lors, il devient possible de déterminer le moment seuil au-delà duquel les mesures de confinement (extrêmes, partielles, de simple distanciation sociale etc.) pourraient être contestées. Michael Greenstone et Vishan Nigam, de l’Université de Chicago, ont calculé le rapport « coût-bénéfice » d’une « forme modérée de distanciation sociale ». Leurs hypothèses étaient les suivantes : isolement de 7 jours pour toute personne présentant les symptômes du Covid, une quarantaine de 14 jours pour l’ensemble de leur foyer et une réduction drastique des contacts pour les seniors âgés de plus de 70 ans. Leurs résultats établissent à 1.7 million le nombre de décès évités.

L’essentiel concerne les personnes âgées, Greenstone et Nigam ont alors utilisé une valeur statistique moyenne inférieure aux 10 M$ mentionnés plus haut. Ainsi calculée, la balance cost efficiency analysis amènerait à un gain de 8Trn$ … soit plus de 3.7% du PIB des Etats-Unis.

L’Université du Wyoming a exploré les effets d’un confinement encore plus sévère (fermeture des écoles, universités, suspension des évènements culturels et sportifs) et présente un gain de l’ordre de 5Trn$. Les études américaines, réalisées indépendamment, sont donc cohérentes. Il n’en existe pas de similaires en Europe pour le moment.

En France, on parle de 60 000 vies sauvées. En appliquant, l’estimation de 7 millions d’euros par vie, de l’Imperial College, le gain serait de 420 millions d’euros face à une perte de PIB de 11% (environ 260 millions d’euros). Mathématiquement, la stratégie de confinement adoptée par notre gouvernement était donc justifiée. Derrière leur apparente froideur, ces calculs mettent en perspective le principe de précaution qui nous est cher. Lui met tout le monde d’accord.