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Marchés Obligations Environnement

Des obligations financières au secours des rhinocéros

PAR Sparewell
03 juin 2021 — Temps de lecture :3mn
La Banque Mondiale a annoncé travailler sur la commercialisation d’obligations destinées à lever des fonds pour la conservation et la protection des rhinocéros noirs, une espèce en danger critique d’extinction en Afrique du Sud. Ces Wildlife Bonds seront les premières obligations au monde destinées à protéger la faune sauvage. L’objectif est de lever 45 millions de dollars pour recenser et faire augmenter la population des mammifères. Est-ce le début d’une nouvelle espèce de finance responsable ?
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Des obligations en guise de protection

Solliciter les marchés pour lutter pour la préservation des espèces, une idée nouvelle mais qui a peut-être de l’avenir… Dans le cadre d’un projet mené par le Rhino Impact Investment Project, de la Société Zoologique de Londres, et en partenariat avec des réserves naturelles d’Afrique du Sud, la Banque Mondiale émettra très prochainement les premiers Wildlife Bonds. Après les Greens Bonds – destinés à financer des initiatives de lutte contre le changement climatique – et les Blue Bonds – dédiés à la protection des océans –, l’institution financière innove donc avec ces obligations d’un nouveau genre. Spécifiquement liées à une espèce animale, elles permettent de s’attaquer aux problématiques de la disparition des espèces et des individus. Et quoi de plus emblématique qu’un rhinocéros, pour symboliser cet engagement pour la biodiversité ? En cas de réussite, d’autres Wildlife Bonds devraient voir le jour en faveur de la sauvegarde des tigres, gorilles ou encore des lions et s’étendre à d’autres pays.

Un mécanisme de rémunération innovant

Une filiale de la Banque Mondiale, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) va ainsi émettre des obligations d’une maturité de cinq ans et notées AAA. Cette émission obligataire innovante devrait permettre de récolter environ 38 millions d’euros. Les détenteurs des Wildlife Bonds ne toucheront pas d’intérêts annuels. En contrepartie, à la fin de la période d’obligation, ils recevront leur capital initial agrémenté d’une rémunération supplémentaire indexée aux objectifs. Ainsi, plus la population de rhinocéros noirs aura augmenté durant la période, plus la rémunération sera importante ! A l'inverse, si la population stagne ou chute, ils ne récupéreront qu’une partie de leur argent. Un objectif minimum de 4% a été fixé, et concerne les populations de 2 parcs naturels sud-africains : le Addo Elephant National Park et la Great Fish River Reserve. Ce paiement additionnel sera versé par le Fonds pour l’environnement mondial, créé lors du sommet de la terre de Rio en 1992 et qui rassemble aujourd’hui plus de 40 pays donateurs. Le montant de ce dernier n’a pas encore été précisé. La première émission d’obligations, montée en partenariat avec Crédit Suisse, devrait avoir lieu dans les mois à venir.

« Alors qu’ils étaient plus de 65 000 à parcourir les plaines d’Afrique de l’Est dans les années 1970, on ne dénombrerait aujourd’hui qu’environ 5 500 rhinocéros noirs dans le monde. »

Une espèce en danger critique d’extinction

« Cela n’aurait pas pu arriver à un meilleur moment. Nous devons nous occuper du rhinocéros noir, qui est en danger critique d’extinction. L’idée est de considérer le rhinocéros comme un pilote, puis de l’étendre à n’importe quelle espèce. » s’enthousiasme Nick de Goede, directeur du parc d’Addo.
Alors qu’ils étaient plus de 65 000 à parcourir les plaines d’Afrique de l’Est dans les années 1970, on ne dénombrerait aujourd’hui qu’environ 5 500 rhinocéros noirs dans le monde, dont presque la moitié en Afrique du Sud. Particulièrement ciblée par les braconniers pour leur corne, revendue à prix d’or sur les marchés asiatiques, cette espèce a ainsi connu un dramatique déclin.
Ce n’est qu’au prix de lourds efforts consacrés à la lutte contre le braconnage que la population a connu un timide rebond depuis de 2012. Mais cette augmentation de 2,5% par an, ne signifie par pour autant que ces mammifères géants sont tirés d’affaire. « Si les rhinocéros africains ne sont en aucun cas sauvés de l’extinction, cette lente augmentation illustre les énormes efforts faits par les pays où ils vivent ».

En conclusion…

Cette nouvelle manière de financer la protection de la nature pourrait ainsi devenir une méthode de choix pour tous ceux qui souhaitent œuvrer pour la préservation de la nature. Grâce à leur système de rémunération unique, les Wildlife Bonds permettraient de réinvestir de l’argent dans de nouveaux projets. Aussi audacieuse soit l’idée d’associer les marchés à la problématique environnementale, elle est probablement la clé pour accélérer le financement de projets, jusqu’ici portés par les gouvernements ou les philanthropes.

SPAREWELL