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Inflation Bourse Covid-19 Rotation Sectorielle

L'inflation va-t-elle s'accélérer en 2021 en Europe ?

PAR Laurent DENIZE
16 mars 2021 — Temps de lecture :4mn
Pour tous, il y aura un avant/après Covid-19. Nombreux indicateurs sociaux, économiques et financiers ont été perturbés en 2020. Alors que la Banque Centrale Européenne maintient ses objectifs, à quel niveau d’inflation pouvons-nous nous attendre pour 2021 ? Laurent Denize, Global CO-CIO chez ODDO BHF Asset Management, livre une analyse didactique et dresse la liste des conséquences sur le marché actions. Celles-ci pourraient inciter quelques investisseurs à considérer la rotation de leur actuel positionnement-actions…
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

Rappel des cours d’économie : qu’est-ce que l’inflation ?

La monnaie étant l'étalon de toutes les valeurs, sa propre valorisation n'est pas mesurable ; seule la hausse généralisée des prix permet de l’apprécier, toute chose étant égale par ailleurs. Cette perte du pouvoir d’achat de la monnaie est nommée « inflation ». En France, elle est évaluée, par l’Insee, au moyen de l’indice des prix à la consommation (IPC). Cette mesure est partielle car limitée à la seule consommation des ménages. En zone euro, c’est Eurostat qui se charge d’harmoniser la production de statistiques et d’estimer le niveau d’inflation.

Aussi, l’inflation et l’augmentation du coût de la vie sont souvent confondues. Néanmoins, ces deux éléments sont à distinguer dans la mesure où l’inflation est une hausse généralisée des prix et frappe l’économie nationale dans son ensemble – des ménages, aux producteurs en passant par les prestataires de service – tandis que la hausse du coût de la vie dépend de facteurs plus « géolocalisés ».

Le mandat de la Banque Centrale Européenne (BCE) est le maintien de la stabilité des prix dans la zone euro afin de préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Son objectif est de maintenir le niveau d’inflation en dessous mais proche de 2%. Ce niveau modéré permet :

  • Aux entreprises de réduire l’incertitude et de bien anticiper les revenus futurs engendrés par leurs investissements ;
  • Aux ménages de placer leurs excédents de liquidités, et de permettre l’équilibre entre épargne et investissement garantissant le maintien des taux d’intérêt ;
  • Aux banques centrales de positionner bas les taux d’intérêt (nominaux et réels) et ainsi d’atteindre leurs objectifs de politique monétaire.

En ce début d’année, et dans la perspective d’une réouverture de l’économie forte au deuxième semestre, quelle anticipation de l’inflation européenne peut-on prévoir ?

« Nous ne pensons pas que cette envolée soudaine reflète une réelle tension sur les prix ou les salaires. »

En Europe l’inflation restera inférieure à 2%

L'inflation en Europe a fortement augmenté, passant de -0,7 % en décembre à +1,6 % en janvier, principalement sous l'effet de facteurs techniques et ponctuels (à l’instar de l'annulation de la baisse temporaire de la taxe sur la valeur ajoutée en Allemagne). Chez ODDO BHF, nous ne pensons pas que cette envolée soudaine reflète une réelle tension sur les prix ou les salaires. Ainsi, nous prévoyons que l'inflation dans la zone euro restera inférieure à l'objectif de la BCE, car le PIB réel n'atteindra probablement pas le niveau d'avant la crise avant le milieu de l'année 2022.
Quelles conséquences sur les marchés financiers peut-on prévoir ?

L’anticipation d’une hausse à deux chiffres des bénéfices par action.

Les responsables politiques en Europe ont réagi rapidement et de manière décisive à la crise liée à la Covid-19, en augmentant les dépenses budgétaires et en assouplissant la politique monétaire. Dès lors, une forte croissance économique est à anticiper car tout laisse à penser que l’excédent d’épargne des ménages pendant la pandémie sera réinjecté dans l'économie, lorsque les restrictions seront levées.

Un environnement dit « reflationniste », c’est-à-dire entre amélioration progressive de la conjoncture économique et tendances haussières sur l'inflation, coïncide souvent avec une croissance plus forte des marchés actions et un rebond des bénéfices par action. Par exemple, pour le MSCI World, un indice boursier qui capture une représentation des grandes et moyennes capitalisations, à travers 23 marchés développés – les analystes tablent sur une augmentation des bénéfices par action de 28 % en 2021 !
Alors, quels conseils pour les investisseurs ?

« Tactiquement, une rotation sectorielle est nécessaire dans votre positionnement-actions vers les marchés européens et émergents. »

Pour les investisseurs, une rotation de votre positionnement-actions peut être stratégique…

L’environnement actuel – de forte croissance et de taux réels bas – est favorable aux actions, et en particulier aux actions émergentes et cycliques.
Dans le passé, les valeurs des sociétés ayant des perspectives positives de croissance de leurs bénéfices et une structure de bilan de qualité (dites « growth », exemple Facebook) ont fortement surperformé celles des entreprises dont le prix de marché de l’action est inférieur à leurs valeurs intrinsèques (dite « value », exemple LVMH). dès lors, si nous prenons les valeurs « growth » du MSCI World, celles-ci sont plus de 280 % plus chères que les sociétés « value » (toute chose égale par ailleurs). L’écart est colossal, et plus impressionnant encore que celui de la bulle Internet de 1999 !

Contrairement à 1999, certaines valeurs de style croissance (comme Microsoft et Alphabet) sont aujourd'hui très rentables, et nous pensons que la transformation numérique va se poursuivre. Mais tactiquement, une rotation sectorielle est nécessaire dans votre positionnement-actions vers les marchés européens et émergents. En outre :

  • Investir dans des entreprises de plus petite taille vous permet de saisir les opportunités offertes par les plans de relance, car ce sont elles qui en seront les principales bénéficiaires ;
  • Des taux de croissance et des taux d'inflation plus élevés sont également positifs pour les prix des matières premières.

Les obligations à long-terme devraient générer des rendements faibles, voire négatifs, en 2021. En effet, nous prévoyons que les taux à 10 ans dépasseront 1,8 % en 2022 et cette hausse est néfaste pour les actifs à durée longue.

Désormais, vous êtes dans le secret de l’anticipation…

Laurent DENIZE
Laurent DENIZE Global CO-CIO & Global Head of Fixed Income https://www.oddo-bhf.com/fr