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Investissement Atypique Voitures Collection

L’automobile de collection : un marché atypique à pleine vitesse

PAR Corentin Hué
10 décembre 2020 — Temps de lecture : 4 mn
Fruit de fantasmes, l’automobile de collection questionne. Les afficionados interrogent la dynamique du marché, qui souvent privilégie la performance financière à la performance sportive. Les investisseurs se demandent si ces véhicules exceptionnels sont une valeur-refuge ou la résultante d’une bulle financière. Enfin, les amateurs d’art remettent en cause l’appartenance de l’automobile à leur univers élitiste. Qui a tort ou raison ? Et comment bien investir dans cette classe d’actifs atypiques et qui défoulent les passions ?
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

Qu’est-ce qu’une automobile de collection ? La définition semble évoluer avec le temps et l’arrivée de nouveaux collectionneurs. Plus jeunes et à l’esprit disruptif, leurs comportements élargissent le spectre de cette classe si particulière d’automobiles.

Juridiquement, la définition est récente et résulte d’une transposition européenne : « Outre les véhicules ayant participé à un événement historique ou qui disposent d'un palmarès sportif, il s'agit [des véhicules] qui :

  • se trouvent dans leur état d'origine, sans modification substantielle du châssis, de la carrosserie, du système de direction, de freinage, de transmission ou de suspension ni du moteur ;
  • sont âgés d'au moins 30 ans ;
  • correspondent à un modèle ou type dont la production a cessé. »

Ces critères sont cumulatifs et très objectifs. Dans les faits, certaines tolérances peuvent être accordées. L’obtention du statut d’automobiles de collection a des conséquences sur l’immatriculation, l’entretien, l’assurance et la fiscalité de la voiture.

Les passionnés ont une toute autre approche, bien plus sensible. Ils désignent comme automobiles de collection des créations dont le design, le mécanisme et notamment le moteur, ou un simple détail les inscrit spécifiquement dans une époque, et leur confère un charme singulier. Toutes n’ont pas nécessairement 30 ans ; certaines peuvent dater des années 90-2000 et sont appelées des « young-timers ».

« Les propriétaires sont sensibles aux records. »

Une évolution comme une course de vitesse

Dès le début du siècle, l’intérêt pour la collection d’automobiles est manifeste. Il se consolide et vit un tournant avec la crise financière de 2008. A cette époque, les investisseurs cherchent des actifs tangibles et cela profite à l’art « traditionnel », mais aussi à l’automobile d’exception plus confidentielle à l’époque. Une première flambée des prix attire les investisseurs, créant ce paradoxe entre spéculation et passion.
En un peu plus de 10 ans, le volume de transactions sur des modèles d’exception a augmenté de 362%, et les prix ont été multipliés par 3 (sources : Tacotax). Contrairement aux idées préconçues, le premier critère de valeur d’une voiture de collection n’est pas son ancienneté, mais sa rareté.

Les maisons d’enchères catalysent cette tendance haussière, en proposant des ventes toujours plus prestigieuses. Les records sont quasi-systématiquement battus. En 2018 par exemple, à Monterrey (Californie), une Ferrari 250 GTO s’est arrachée au prix de 48 millions de dollars.
Mais cette course à la performance commence à empêcher les transactions. Les propriétaires sont sensibles aux records, et refusent de vendre leur automobile en dessous d’un seuil proche des plus-hauts historiques (source : HAGI). L’offre ne rencontrant pas la demande, la transaction est alors impossible. La liquidité du marché s’en trouve ainsi impactée. Un phénomène économique bien répandu et que l’on connait dans d’autres secteurs à l’instar de l’immobilier.
« Si la croissance du marché semble avoir ralenti en 2016, il est toujours aussi dynamique et a offert de nombreuses opportunités pour tous les profils d’amateurs. Étant de ceux qui privilégient l’usage des véhicules, je pense que l’achat plaisir est plus important que les tendances. » précisait Ulysse James, expert en automobiles anciennes à un blog de passionné en 2019.

« L’évaluation d’une automobile résulte uniquement de comportements humains, difficilement prévisibles. »

Une bulle spéculative avec un prix d’entrée élevé ?

Peut-être… Il faut dire que les véhicules de collection cumulent les mandats exceptionnels. D’abord, rappelons qu’un véhicule de collection ne produit aucun rendement.

Ensuite, le marché est décorrélé des variables macro-économiques. . La passion y régit, tout autant, voire plus fortement, que la raison. Des effets moutonniers tendent à créer des phénomènes de masse, sur lesquels capitalisent les spéculateurs. Mais les cas exceptionnels viennent régulièrement rebasculer les cartes. En ce sens, le marché est sous tension, opaque, et désorganisé. En n’offrant pas de « concurrence pure et parfaite », le marché automobile est « inefficient » au sens des économistes A. Smith, et L. Walras.

Alors, comment bien investir ?

« Quel que soit le prix d’une voiture, l’important est d’y être attaché. Qu’elle soit propre et bien entretenue. C’est pour cette raison que notre Golf GT1 MK1 est aussi importante pour moi que la radicale Porsche GT2 RS de 700 chevaux » commentait le collectionneur médiatique Arthur Karakoumouchian en 2018. Ici, le traditionnel binôme rendement/risque serait substitué par le quadrinôme passion/connaissance/rendement/risque.

  • Un investisseur novice se tournera vers un constructeur reconnu et un modèle « liquide », profitant d’une belle demande (par exemple, une Porsche 911). Il cherchera un bien aux caractéristiques valorisées à savoir : une carrosserie singulière, et une couleur rare et d’origine. Dans le cas de la Porsche 911, une carrosserie Targa par exemple et une belle couleur verte.
  • Un investisseur passionné mais raisonnable, se tournera vers un véhicule coup de cœur, qui cumule les avantages précités.
  • Un investisseur passionné saura ce qui lui correspond le mieux, et l’équilibre qui lui paraîtra juste dans le quadrinôme.

Dans tous les cas, pour bien acquérir, il est important de se montrer sélectif.ve face aux offres existantes (de professionnels comme de particuliers) et notamment de prêter une attention précise à l’entretien du véhicule (le carnet d’entretien faisant foi), sa provenance, la concordance des numéros de série du moteur avec celui du châssis (encore dite « matching number ») et la qualité de la peinture.

A la Banque Privée ODDO BHF, nous recommandons de ne jamais sacrifier la qualité de l’automobile au profit d’une faible économie, mais aussi de maitriser les coûts récurrents et annuels d’assurance (qui dépendent des antécédents du conducteur, de l’automobile et de la carrosserie, mais aussi de son constructeur) et de stockage (dépendant de la zone géographique, et pouvant atteindre 60 000 euros pour l’achat d’un box). Surtout, nous conseillons de ne pas investir plus de 15% de son patrimoine dans la diversification d’automobiles de collection, car il est toujours important de garder de la liquidité. Prêt.e à passer la première ?

L’automobile de collection : un marché atypique à pleine vitesse
L’automobile de collection : un marché atypique à pleine vitesse
Corentin Hué Paris 25 ans, célibataire, sans enfant Projet : revenir plus souvent en Bretagne voir ma famille, si possible en Porsche 993 turbo