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Télétravail Covid-19 Société Avenir Transition

Réflexion sur l’impact du télétravail, en plein confinement n°2

PAR Julien HOSSARD
27 novembre 2020 — Temps de lecture : 7 mn
Pour la première fois, le monde de l’entreprise est contraint d’expérimenter massivement le télétravail à l’échelle mondiale. Face à cela, force est de constater que les salariés se sont vite adaptés à cette nouvelle organisation et que la productivité se maintient. La Covid-19 est l’événement perturbateur qui impose une nouvelle façon de travailler. Mais quels sont les impacts économiques, sociaux et environnementaux de ce changement certainement durable ?
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

Depuis le développement des outils informatiques, dans les années 1990, on attend l’avènement du télétravail. . En 2009, le Centre d’Analyse Stratégique1 déclarait : en France, « le télétravail a un fort potentiel de développement et pourrait concerner jusqu’à 50% de la population active en 2015 ». Mais jusqu’à la crise sanitaire, la réalité était loin de confirmer ces projections. Avant le premier confinement, le décalage entre les attentes sociales et la réalité du télétravail était encore palpable.
C’est donc, comme dans un bon scénario de science-fiction, une catastrophe mondiale qui vient entrainer la mutation. Ainsi, « la généralisation du télétravail n’est plus de l’ordre du souhait mais du fait. En quelques semaines, toutes les fonctions transposables en télétravail l’ont été, et cette généralisation a pulvérisé en un éclair les principaux (faux) arguments qui tentaient de l’enrayer », constate Julia de Funès (docteur en philosophie, et spécialiste des Ressources Humaines).
En novembre 2020, selon une étude publiée par le Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, 36% des actifs en emploi disent pouvoir télétravailler sans difficulté, quand 39% déclarent que leur métier actuel ne peut pas être exercé en télétravail. Touchant à la productivité des organisations, au bien-être des collaborateurs ainsi qu’à l’environnement, la mutation vers ce nouveau modèle multiplie les enjeux.

Les enjeux économiques : la mutation inégale des quartiers d’affaire

« La dématérialisation des postes de travail grandit et se consolide au fil de l’année 2020, mais un travail à distance 100% du temps ne semble pas réaliste » pose Odile Journy, Responsable des Ressources Humaines au sein du groupe financier ODDO BHF. Dans cette perspective, le groupe franco-allemand a décidé d’accueillir ses employés dans des espaces agiles, qui proposent des espaces d’équipes sans bureau attitrés mais avec plus d’espaces alternatifs et collaboratifs : salles de réunion, bulles, espaces de convivialité, etc. Dès janvier 2021, les collaborateurs pourront se plugger n’importe où dans ces nouveaux espaces grâce à leurs nouveaux équipements mobiles. Grégoire de la Ferté, directeur général adjoint bureaux IDF chez CBRE (spécialiste de l’immobilier d’entreprise) généralise : « les entreprises de tailles plus intermédiaire auront l’opportunité de revoir leurs modes de travail et la conception de leurs bureaux pour les rendre plus agiles... »
Il est donc probable que le secteur de l’immobilier d’entreprise soit chamboulé sur le long-terme. Avec la fin des baux de location, la demande s’orienterait vers des espaces plus petits. Le prix au mètre carré devrait baisser ; et finalement une transition des locaux professionnels en logements pour les particuliers pourrait être entreprise (ce qui serait une bonne nouvelle compte tenu du manque cruel de logements dans ces zones).
« Le quartier de La Défense est le secteur géographique en Ile-de-France qui propose un rapport qualité/efficacité/prix inégalable. D’autant plus qu’il est le seul à pouvoir accueillir les plus gros volumes. » explique Grégoire de la Ferté. Les impacts devraient donc être inégaux entre les quartiers d’affaires, en fonction de la facilité d’accès et de la diversité des entreprises implantées. Comme La Défense, certains seront préservés ; d’autres seront durablement impactés par la baisse de fréquentation dans la restauration et/ou les petits commerces de proximité.

« L’idéal serait que les employés soient accompagnés pour harmoniser la performance, le bien-être, l’autonomie,
le contrôle et l’équilibre de vie. »

Les enjeux sociaux : la primauté du bien-être et de la dynamique d’équipe

Dans son étude publiée en juin 2020, Malakoff Humanis exposait que 84% des salariés souhaitaient continuer à télétravailler, tandis que 57% avaient continué à exercer leur métier depuis leur domicile, et ce 7 semaines après la fin du premier confinement. Les millennials, particulièrement à l’aise avec les outils informatiques, et en recherche d’autonomie et de souplesse dans la gestion de leur agenda, ne sont plus les seuls à plébisciter ces nouvelles conditions de travail.

Il est évident que si le télétravail est prolongé de manière durable, alors il devra être organisé de façon à éviter le risque d’isolement et à faire perdurer les synergies entre collaborateurs. L’idéal serait que les employés soient accompagnés pour harmoniser la performance, le bien-être, l’autonomie, le contrôle et l’équilibre de vie. Benoît Serre, secrétaire général de l’Association Nationale des Directeurs de Ressources Humaines (ANDRH) abonde : « cela nécessite une forme d’auto-organisation qui, d’habitude est prise en charge par l’entreprise ».

Taskin, écrivain sur le management, ajoute que le véritable enjeu du travail à distance est en fait la capacité à gérer la dé-spatialisation, c’est-à-dire la distance non seulement géographique du travailleur, mais aussi psychologique, liée à son environnement de travail au sens large : collègues, espaces communs, échanges informels et formels, etc. Pour Julia de Funès, « La fameuse distinction entre «vie pro» et «vie perso» reflète notre fâcheuse tendance à la parcellisation. Ces catégories de rangement considèrent la vie comme une juxtaposition d’états distincts, mais il suffit d’une infime modification pour saisir à quel point ces 2 sphères restent étroitement intriquées et dépendantes. »

Si le stress que génère le télétravail est moins médiatisé, il n’en demeure pas moins une réalité. 27% des répondants à l’étude ANDRH x BCG atteste que le télétravail, lors du premier confinement, a eu un impact négatif sur leur santé mentale ou physique. La justification d’un travail efficace à distance, la pondération avec la vie familiale et l’adaptation à de nouveaux outils étant les principales sources de mal-être. Pour ces raisons, les syndicats et le patronat réfléchissent à un encadrement de cette pratique désormais plus répandue.

« Enfin, avec le flex office et la mutation des espaces sur le long-terme, les consommations énergétiques des entreprises devraient largement être revues à la baisse. »

les enjeux environnementaux : circulation verte et consommation des entreprises

Pour les « collabor’acteurs », concilier écologie et télétravail pourrait être un facteur de bien-être complémentaire. Ainsi, les effets bénéfiques du télétravail sont nombreux. D’abord, il y a l’effet direct, modal : la soustraction de l’impact environnemental d’un trajet aller-retour quotidien entre le domicile au bilan de nos émissions annuelles. L’Ademe l’estime à 271 kg eqCO2 économisés sur une année par jour de télétravail, en moyenne.

Ensuite, l’adoption de modes de circulation verts se développe. « Les télétravailleurs et primo-télétravailleurs en zone urbaine avaient tendance à vouloir profiter de la journée de télétravail pour […] privilégier les modes actifs (à pied, en vélo…) et à relocaliser leur quotidien autour de leur quartier, en sollicitant les commerces de proximité », développe Jérémie Almosni.

Enfin, avec le flex office et la mutation des espaces sur le long-terme, les consommations énergétiques des entreprises devraient largement être revues à la baisse. La hausse sine qua none des consommations des domiciles des employés maintiendrait une balance globalement positive pour la planète.

Seul le développement massif de la visioconférence contrarie drastiquement le bilan. La consommation d’énergies liées au transfert de données, à la sollicitation des serveurs et au fonctionnement de nos appareils, est multipliée par 3 lorsque l’on utilise la vidéo, précise Greenspector, qui aide les entreprises à réduire l’impact carbone de leurs logiciels. La start-up estime à 1g eqCO2 le coût environnemental d'une minute de visioconférence.

Que nous soyons positifs ou plus sceptiques à son sujet, le télétravail est une innovation à grande échelle qui nous tend les bras, une nouvelle façon de penser et de façonner le monde de demain. A la question sur la pérennité du modèle, Julia de Funès répond « la finalité du télétravail est de lever certaines contraintes. C’est pourquoi il est et doit rester une liberté. » A nous de faire que celle-ci compte pour les entreprises, pour nos pairs et pour la planète.

Réflexion sur l’impact du télétravail, en plein confinement n°2
Julien HOSSARD Banquier Privé chez ODDO BHF Paris 26 ans, en couple, sans enfant mais prévois d’en avoir 3 Projet : Passer à la voiture électrique pour diminuer mon empreinte carbone
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