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Or Investissements Valeur refuge Covid-19

La ruée vers l’or :
la mutation d’une
valeur-refuge

PAR Esther Reithmann
13 octobre 2020 — Temps de lecture : 3 mn
L'or fascine ; par sa lumière, son éclat… mais aussi par sa valeur. Du point de vue financier, le métal a bonne réputation : celle d’une valeur-refuge liquide. A tort ou à raison ? L’or-papier, qui englobe l’ensemble des supports négociables en Bourse reproduisant les performances de l'or physique et des mines d’or en indice, change-t-il la donne ? Ce sont les questions auxquelles répond Esther Reithmann, Banquier Privé.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

Historiquement, l’or était considéré comme une couverture contre l’inflation, la famine et d’autres grands coups durs. Cette ancienne monnaie offrait l’avantage de la liquidité ; il était facile et rapide de l’acquérir ou la céder sur les marchés financiers. Les échanges étaient uniquement physiques (lingots, onces, pièces etc.) ; et l’or était déposé dans des coffres-forts, et/ou gardé chez soi. Si l’or est volatile, notamment en début de période de crise, il aura toujours de la valeur et reste un instrument d’échange reconnu. Ces 2 arguments ont construit son image de valeur-refuge. Nombreux étaient les investisseurs qui se tournaient vers elle, en temps de guerre. Cette réputation s’est ancrée dans les mentalités. Les crises de 2007-2008, 2011 mais aussi 2020 avec la Covid-19 l’ont toutes démontré.

La financiarisation de l’or

La croissance de la demande s’est amorcée et a été renforcée par une croissance des options et supports, qui facilitent l’accès aux investisseurs.
Les experts nomment le phénomène, la « financiarisation de l’or ». Depuis 30 ans, l’or physique n’est plus la seule option. Il existe des alternatives communément regroupées sous la terminologie « d’or-papier » : l’or est coté en bourse, sur les marchés financiers (il est désormais possible d’investir sous la forme de dérivés – de swaps).

La mutation du marché a fait exploser les prix : une once (31,104 grammes) d’or est passée d’une valeur de 450 US$ (septembre 2005) à celle de 2 000 US$ (pic au 6 août 2020) ! Les taux d’intérêt réels (nominaux moins l’inflation) étant extrêmement bas, le transfert de liquidité vers l’or est attractif. L’or est-il devenu un investissement comme un autre ? Creusons pour mieux comprendre, mine par mine, étape par étape.

Comment s’exposer à l’or ?

3 possibilités s’offrent aux investisseurs pour détenir de l’or :

  • L’achat d’or physique, en direct, et physiquement déposé dans des coffres-forts. C’est la forme historique de capitalisation la plus ancienne.
  • L’achat d’or-papier au travers d’ETF (ndlr : fonds indiciels cherchant à dupliquer le plus fidèlement possible l’évolution d’un indice boursier, le ”sous-jacent”, de façon passive) ou d’ETC (ndlr : certificat répliquant le cours d’une matière première et cotant en continu comme les actions). L’or est alors assimilé à un produit financier, déposé dans un compte-titres ou dans un contrat d’assurance vie, par exemple.
  • L’achat d’actions de société aurifères au travers d’actions ou de paniers d’actions (ETF) est aussi possible (exposition sectorielle).

Qui sont les investisseurs ?

En plus des particuliers, les bijoutiers/joailliers, les banques centrales, les institutionnels et les hedge-funds (ndlr : des fonds spéculatifs) investissent dans l’or.

  • Les premiers pour des raisons évidentes de manufacture et de valeur ajoutée.
  • Les banques centrales pour des raisons macroéconomiques de sécurisation de leurs réserves et de protection de leurs devises. Actuellement, elles ont tendance à acheter de l’or. Celui-ci représente près de 35% des réserves monétaires totales des Banques Centrales, même si elles ne reconnaissent détenir que 10% d'or (cf. Mozhaiskov en 2004).
  • Les institutionnels et les hedge-funds capitalisent sur sa financiarisation.

Au 2e trimestre 2020, l’augmentation de la demande d’or est principalement faite par
l’or-papier – ETF, ETC – (43%). Les Joaillers (25%) et les Banques Centrales (11%) arrivent bien après.

L’or et le contexte singulier de la Covid-19

En cette période exceptionnelle, les politiques accommodantes des Banques Centrales pour relancer les économies impliquent une dévalorisation de leur monnaie favorisant ainsi l’inflation. Le contexte de taux extrêmement bas aux Etats-Unis et en Europe a favorisé les investissements en or, même si ce dernier n’offre aucun rendement.

Les incertitudes commerciales (conflit sino-américain), économiques (la Covid-19) ont également créé des motifs supplémentaires pour l’acquisition du métal : environ +20% en 2019.

Historiquement, la valeur de l’or est en dollars. Aussi, la baisse récente du cours du dollar par rapport à l’euro, de près 10% (de la crise du covid au 19/03/2020 à aujourd’hui), réduit le coût d’achat de l’once d’or, et renforce ainsi son attractivité pour les investisseurs en euros.

La crise de la Covid-19 a donc naturellement fait fortement progresser les cours : +30%
du 19 mars 2020 à aujourd’hui (cours de l’or en US$ sur le New York Stock Exchange).

L’or malléable joue plusieurs rôles (matière première ordinaire et actif financier). Souvent considéré comme un moyen pour lutter contre l'inflation et se prémunir contre les investissements dans des actifs risqués, il fait l’objet d’une demande accrue de la part des investisseurs. Le niveau actuel et record atteint par le cours de l’or nous amène à nous interroger sur son statut de valeur-refuge… Un nouveau rebondissement dans le mythe de Midas ?

La ruée vers l’or : la mutation d’une valeur-refuge
Esther Reithmann Paris Banquier Privé pour ODDO BHF 28 ans, célibataire, sans enfants Projet : Faire fructifier mon patrimoine en boursewww.oddo-bhf.com/fr