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Economie Covid-19 Millennials Patrimoine

Réellement, tous.tes acteurs.rices de l’économie !

PAR SPAREWELL
22 septembre 2020 — Temps de lecture :4mn
Notre génération est actrice du changement; cela ne fait aucun débat. Néanmoins, les opinions divergent quant au rôle de chacun.e dans cette nouvelle économie. À l’exception des start-uppeurs, rares sont ceux.celles ayant conscience de leur valeur ajoutée. Retour sur la naissance d’un préjugé qui commence par les autres et finit par soi.
La résilience financière durable : chimère ou vérité ?

Depuis près de 3 mois, nous menons des entretiens pour SPAREWELL. D’abord par visio, (confinement oblige), puis en présentiel. Si l’enthousiasme est évident, et l’envie de partager est limpide, une remarque revient souvent lorsque nous calons les rendez-vous : « j’espère que ce témoignage sera utile pour les lecteur.rice.s de SPAREWELL. » Fausse modestie ? Absolument pas ! L’essentiel des millennials ont la sensation que leur rôle dans l’économie est peu important. Nirvana (oui, c’est son vrai prénom) nous a même dit « je ne me sens pas actrice de l’économie ». Comment serait-ce possible ? Consommer, épargner, financer, partager des recommandations, networker… c’est déjà agiter l’existant, façonner demain, et anticiper après-demain. Comment cette idée fausse a-t-elle pu intégrer si durablement les mentalités ?

D’abord, il y a le tabou de l’argent

Enfonçons une porte ouverte : les Français parlent peu d’argent. En raccourci, ce rapport ambigu à la communication financière est pris entre le dédain du noble possédant (vs le preux chevalier), la méfiance du clerc pour son pouvoir de détournement (du monde des cieux) et la suspicion protestante face à la pauvreté (synonyme d’absence de grâce divine). Nos aprioris remontent donc au Moyen-Âge !

Depuis 50 ans seulement, les tabous commencent à tomber. L’émancipation des femmes, qui n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte en banque jusqu’en 1965, a permis d’ouvrir les débats. Depuis 30 ans seulement, les médias évoquent plus librement les questions des salaires des grands patrons, des joueurs de foot ou des politiques. « Chacun veut savoir combien il possède pour découvrir où il se place dans la société. Avant, cette position tenait au diplôme. Mais notamment depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, le message change : l’important, c’est la réussite économique. » souligne Jeanne Lazarus, sociologue.

Mais, le patrimoine reste secret. Principalement, parce que les inégalités sont importantes et éloignent de la valeur _ communément admise _ de méritocratie. Les 25-35 ans ont donc l’habitude de parler de leurs revenus mais pas de leurs patrimoines.

« Loin des clichés, nous cherchons de l’ancrage. »

Ensuite, arrivent les préjugés sur notre génération

Disséqués depuis des années, nous millennials sommes devenus un concept plus qu’une réalité. Pour Fabio Motte, planneur stratégique chez Sensiogrey, nous sommes « un peu [devenus] la nouvelle ménagère de moins de 50. Une notion facile à utiliser, mais porteuse finalement d’assez peu de contenus. »

En 2017, l’agence La Chose et BVA réalisent un sondage sur plus de 2 000 jeunes de 18 à 30 ans, pour tenter d’y voir plus clair. Seulement 27% utilisent le terme « connectés » pour s’auto-définir ! Loin des clichés, nous cherchons de l’ancrage. 92% des répondants au sondage précité déclarent que la famille est une valeur importante et 73% pensent que le respect des traditions est essentiel. Ainsi, nous sommes victimes de préjugés et notre part de voix en souffre. Seul.e.s les expert.e.s dans leurs départements ou les cas particuliers des start-uppeurs qui réussissent, sont sur le devant de la scène. Et cette sous-exposition renforce notre pudeur…

Finalement, vient l’auto-persuasion

« De plus en plus de médias surfent sur la question des finances personnelles […]. Mais c'est souvent très capitaliste, avec la question de la maximisation des finances et de la productivité […]. Moi, j'aimerais qu'on ait une conversation autour de l'argent bien plus large et qui vise tout le monde […]. », affirme Chelsea Fagan qui a créé en 2014 le premier site d’influence et de vulgarisation financière aux Etats-Unis : The Financial Diet.

L’argent reste cryptique en France contrairement à la majorité du reste du monde. Comment nos actions micro-économiques pourraient-elles inspirer nos pairs ?

« Nous avons tous un rôle à jouer chacun.e à notre échelle. En se renseignant, en interrogeant, en consommant, en soutenant etc. mais surtout en finançant et en épargnant. »

La théorie du colibri pour démarrer le changement

Pierre Rabhi, agriculteur/conférencier/essayiste/romancier et écologiste devenu la figure de proue de l'agroécologie en France, raconte une légende amérindienne qui a son rôle dans le présent débat. Les animaux étaient terrifiés, tous observaient, accablés, les conséquences du désastre. Seul, un petit colibri s’agitait, allant chercher des gouttes d’eau, les transportant dans son bec pour les jeter sur le feu brûlant. Le tatou dépité dénigra ses actions : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »
Voici une belle vérité : nous avons tous un rôle à jouer chacun.e à notre échelle. En se renseignant, en interrogeant, en consommant, en soutenant etc. mais surtout en finançant et en épargnant. L’économie a un rôle fondamental dans la progression du monde vers un modèle plus ESG et durable. Chaque geste compte, même la simple prise de renseignements... Grâce à la force du collectif, nos actions vont devenir plus fortes, plus sensées aussi. De la micro-économie à la macro-économie, il n’y a qu’un pas. Pour paraphraser maladroitement Neil Armstrong, un petit pour les hommes et les femmes, un grand pour l’humanité. A bas le tabou !

Réellement, tous.tes acteurs.rices de l’économie !

SPAREWELL